« Hi, Kwekwe, Atamiskâtowin, Hola¡, Salam, Shalom, Bonjour,

Je suis encore employé d’un CISSS, mais plus pour longtemps (loi 21 et dégradation des conditions de travail ont achevé toute motivation à servir le public, ma femme, nos trois enfants et moi préparons une migration dans le ROC ou à l’étranger. Nos démarches d’émigration, vers Canada ou overseas sont enclenchées. D’ici 24 mois départ.

Anyway c’est une anecdote banale. En 16 ans au Québec (à moins d’une heure de Montréal seulement!), j’ai observé une montée de racisme, entre autres venant du personnel clinique et de soutien. Incluant “maudits nègres”, etc. Mais aussi discrimination systémique sur la base de la langue (un patient ne parlant pas ou peu français au Québec est de facto privé de soins adéquats et diligents et tant les cadres que les cliniciens s’en « calissent » et refusent même d’utiliser le service de traducteurs médicaux dûment formés, pouvant offrir des services par téléphone. Mais Marois a marqué une rupture, puis Lisée et la CAQ ont achevé le mythe du Québec « tolérant » (quel terme odieux, arrogant, contraire au devoir humain d’hospitalité).

Dans ce contexte, voici une banale anecdote: je travaille à l’urgence d’un CH, plusieurs résidentes en médecine ces derniers années sont de jeunes femmes musulmanes avec foulard (“étrangement” aucune ne semble établir sa pratique dans la région si on se fie à nos listes de MD par spécialité et ça ne va pas s’améliorer avec la CAQ/PKP/PQ). Nous avons aussi des spécialistes juifs/juives qui se déplacent de MTL, certains avec des accessoires vestimentaires traduisant leur identité. Le personnel est débordé, professionnel et a vraiment peu de temps pour propos ou jokes racistes!

Malgré tout, parfois, des usagers réfugiés (Syrie, Congo) ou immigrants qualifiés provoquent des propos déplacés prononcés loin du patient et surtout des pratiques non déontologiques concernant langue, culture et communication, pourtant cruciales pour établir un diagnostic différentiel. Ainsi des femmes venant d’une zone de guerre, avec viols et autres violences de genre, avec signes et symptômes possiblement neuro. ou psy., et la traduction bancale est effectuée, au mieux, par un mari, ou par un fils ou une jeune fille, ou une « amie ». Et jamais durant l’hospitalisation ces patients n’auront accès à un service de traduction médicale professionnelle.

Mais revenons à l’anecdote « loi 21 ». Donc arrive une jeune femme blanche qui est immobilisée sur civière, elle demande du personnel féminin pour l’aider à uriner dans un bassin (évidemment nos infirmières sont formées en agressions sexuelles, trop de consultations pour cela). Une résidente en médecine (jeune femme adorable avec foulard) est au poste ainsi qu’une infirmière « pure laine » (une mince porte sépare le poste inf/MD de la civière de cette patiente située à 5/7 mètres max) qui lâche à haute voix « coudonc cte patiente stu une voilée? Elle veut pas d’homme pour l’aider à pisser, elle va attendre! »

La résidente musulmane continue ses notes, imperturbable (en apparence).

J’ai beau être blindé, avoir vu et entendu infiniment pire, la fatigue des longues heures en sons critique aidant, c’en est trop cette journée-là! je lui réponds que son propos est inacceptable, elle ne semble avoir aucun remords, aucune empathie, ce qui me décide; je vais voir la personne responsable, cadre.

Quelques minutes dans le bureau à raconter l’anecdote, souligner le fait que la patiente, et la résidente, ont probablement entendu; qu’une jeune femme refusant la nudité devant un homme professionnel de la santé pourrait suggérer histoire d’agression sexuelle; que de toute façon c’est un cas flagrant et pitoyable de manquement au code de déontologie et au professionnalisme, qu’il y a une politique (théorique) de zéro tolérance envers les incivilités dans l’établissement, propos discriminants etc. Qu’un rappel sur ces politiques serait apprécié. La réponse raciste et méprisante de la personne cadre, je préfère la taire…

Il y a aussi le cas de cette belle jeune femme, de confession hindoue, qui a droit à un mépris à peine dissimulé, du fait qu’elle demande des soins intimes par des femmes. Des propos racistes incohérents sont marmonnés au poste par plusieurs soignants.

Il y a aussi tout ces moments magiques, comme les confidences touchantes de cette femme âgée « de souche », catholique et toute la patente, visiblement métissée contrairement à ses frères, sœurs qui eux ont une peau et des traits des immigrants/envahisseurs européens. Elle me raconte son enfance au magnifique Lac St-Jean: entre le bonheur de la nature, des rares visites à la réserve proche avec de beaux moments de savoirs ancestraux partagés par les femmes indigènes. Et la violence du racisme quotidien: « sale indienne », « tes cheveux de sauvagesse », « t’es sale », « ta mère a couché avec un sauvage »… Et les abus sexuels qu’elle révèle à mots couverts, avec pudeur, immense privilège pour l’inconnu que je suis. Elle revient en quelques mots économes et précis sur la joie de son exil loin de l’étouffoir du Lac, à 16 ans, révolution tranquille en préparation, la grande ville, les amies, le travail dans une shop de la banlieue ultra conservatrice de Québec, ou elle restera malgré tout une « étrange » et une marginale (elle aime les plantes, les chats, les livres et le gazon trop long, autant de tares inacceptable dans ce village ouvrier/agricole blanc) malgré les années qui passent, elle me glisse « c’était une belle époque, les discours de René Lévesque, les larmes, l’espoir… »

Autre anecdote banale d’un soignant de musulmanie en région: une patiente âgée (scolarité niveau primaire) sur un étage, s’adressant à l’AIC (Assistante Infirmière Chef) pour se plaindre du service « pourquoi qui obligent pas les zimmigrants à être bénévoles pour nous soigner, zont pas besoin d’argent, y zont toute en arrivant icitte eux ». L’AIC, qui a une expérience hors Québec, de lui répondre offusquée qu’il est inacceptable et illégal de vouloir forcer des gens a travailler sans salaire et contraints. (Pour ma part, je ne l’ai évidemment pas confronté sur le terrain politique, appliquant strictement la neutralité bienveillante du soignant, même envers des patients racistes ou antécédents pédophiles). La Charmante patiente esclavagiste n’est évidemment pas réceptive, et repart en marmonnant sur les immigrants « qui ont toute»… Au moins 30% de la clientèle âgée a un torchon de PKP sur la table de chevet durant leurs séjours.

Et les propos de ce genre, souhaitant un esclavage de facto des immigrants racisés pour combler la pénurie structurelle de main d’œuvre dans les secteurs traditionnellement féminins, sont légion… En même temps qu’un désir d’invisibilité de ce cheap labor fantasmé.

Je vais quitter le réseau de la santé dans quelques mois. Le Québec, pourtant débordant de potentiel et de créativité, ce territoire autochtone soumis à des siècles de génocide et de pillage, aurait pu se tailler un destin de réconciliation, de guérison, mais des élites aussi stupides que vicieuses ont choisi le chemin de la France, une sournoise descente dans l’obscurantisme néocolonial et l’apartheid soft. Une contre-révolution « tranquille » et absolument hypocrite. Nos enfants, multilingues, multiculturels, impliqués dans la communauté et accumulant les réussites scolaires, ne subiront pas cet environnement médiocre, lâche et mesquin. Reste Montréal, cœur économique et culturel, assiégé et cristallisant les frustrations sociales, les angoisses identitaires et l’héritage colonial de plusieurs régions.

Ces pauvres gens votent et PKP, fils à papa d’une rare incompétence, est le faiseur de régime, leur Duplessis postmoderne.

Quant à l’argument selon lequel la jeunesse de région serait miraculeusement moins xénophobe et moins imprégnée par cette socialisation de village colonial, ou sont les preuves scientifiques?

Un futur ex-Québécois »­.

***

En complément, j’ajoute quelques témoignages recueillis sur mon mur Facebook, suite à la publication du texte (je masque les noms car plusieurs sont des employés.es) :

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