À 39 ans seulement, Richard Bertrand Spencer est le plus célèbre néonazi de notre époque. Il s’est notamment démarqué en étant l’auteur du terme « alt-right » signifiant « droite alternative ».

L’alt-right est l’un des mouvements populaires – fort réactionnaire – ayant propulsé Donald Trump à la présidence, au grand plaisir de Spencer, pour qui sa victoire s’avère « un premier pas vers une politique identitaire aux États-Unis », un « triomphe de la volonté » (en référence au film de propagande nazi tourné par L. Riefenstahl en 1935).

Mais attention, M. Spencer refuse l’étiquette de « suprémaciste blanc ». Son utopie résiderait davantage en un « ethno-État » où il n’y aurait que des blancs, donc aucune personne racisée ne s’y ferait exploiter…

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Spencer semble plutôt miser sur son look extérieur, que son contenu (vide)

 

D’où vient ce raciste?

Richard Spencer est un gosse de riche qui eut le luxe de fréquenter plusieurs grandes universités américaines malgré ses nombreux déboires académiques. Son père est un prospère médecin ophtalmologiste de Dallas, alors que sa mère est l’héritière d’une puissante famille ayant fait fortune en exploitant des fermes de coton en Louisiane.

 

family

Né à Boston, Spencer a ensuite grandi à Dallas (Texas), pour ensuite suivre sa mère à Whitefish (Virginie). Il étudiera principalement la littérature anglaise, les sciences humaines, puis l’Histoire intellectuelle européenne, jusqu’au doctorat, mais abandonnera sous prétexte que son idéologie n’est pas bien reçue : elle serait un « crime de la pensée ».

C’est à l’adresse de sa maman qu’il enregistrera donc les organisations qu’il fonde à partir de 2005. La première fut la fameuse “National Policy Institute”, qui, malgré son nom pompeux, ne comptera que lui comme salarié (des miettes) durant les douze années suivantes. Ce think tank lui permet toutefois d’organiser conférences et happenings défiant les limites de la liberté d’expression.

En 2006, il crée les Éditions Washington Summit (également enregistrées au domicile maternel de Whitefish). Soit dit en passant, l’ex-femme de Spencer, Nina Kouprianova, traduisit des ouvrages du néofasciste russe Alexandre Douguine, publiés par Washington Summit Publishers.

À compter de 2013, il lancera aussi le Radix Journal (biannuel). On y imprime des tracts racistes, en plus d’y publier des ouvrages eugénistes et antisémites.

La maman de Spencer finira par se dissocier des frasques idéologiques de son fils car ses propriétés commencent à perdre de la valeur à force de subir les contrecoups de l’indignation populaire (leur immeuble de Whitefish est désormais en vente):

maison à vendre 1

 

 

Notons d’ailleurs que Radix Journal a primé l’un de nos suprémacistes locaux, soit Rémi Tremblay, porte-parole de la Fédération des Québécois de Souche :

z5 rémi tremblay

Bien que le National Policy Institute s’avère un quasi « one-man show », on y publie sporadiquement quelques ouvrages racistes dans un réel dessein de propagande intellectuelle. Le lancement du projet avait d’ailleurs été appuyé par le mécène William Regnery II, qui finança une kyrielle de groupes haineux.

Spencer aurait entre-temps forgé l’expression « Alternative Right », en 2008, peu avant d’ouvrir un blog du même nom, en 2010.

 

Les sorties publiques de Spencer

Dans les années 2006 à 2015, le néonazi américain parvient à se prononcer sur divers campus américains et radios universitaires. Mais ce n’est qu’avec la campagne de Donald Trump qu’il commence à vraiment gagner en popularité. Le candidat à la présidence avait par exemple embrassé le mouvement alt-right en octobre 2015, en re-tweetant une image de lui en « Pepe the Frog » qui devenait l’icône-phare de la droite alternative :

trump re tweeted Pepe 13 oct 2015

De son côté, Richard Spencer réussit son plus grand coup d’éclat en novembre 2016, lorsqu’il tint une conférence antisémite directement à Washington, devant plus de 200 personnes. Le discours de Spencer était truffé de citations nazis en allemand et se termina par des saluts hitlériens enthousiastes. Ces images ont fait le tour du monde :

 

Alt Right Group Holds Annual Conference In Washington, DC

z 2b saluts nazis
Le discours se concluait par les mots : « Hail Trump, hail our people, hail victory! ».

Deux mois plus tard, à la victoire de Trump, Spencer fut la cible d’un opposant qui le frappa au visage au moment où il tentait d’expliquer à une journaliste le sens de la jolie épinglette de « Pepe the Frog » qu’il portait au veston :

z3 spencer frappé

 

Il s’est à nouveau fait humilier en avril, à l’Université d’Auburn, quand une étudiante lui vola la vedette en lui demandant : « Comment se fait-il que les blancs seraient plus racialement opprimés que les Noirs, alors que je suis une femme noire dans une institution à prédominance blanche? » « J’aimerais aussi savoir comment vous vous êtes senti en recevant un poing sur la gueule? »…

z5 humilié

 

Spencer ne se laisse toutefois pas impressionner et continue ses activités suprémacistes, notamment en organisant les événements de Charlottesville, afin de défendre une statue de Robert E. Lee (commandant sudiste pro-esclavagiste).

Une première marche aux flambeaux aux franches allures de KKK eut lieu tout d’abord le samedi 13 mai 2017 :

torch 13 mai

 

Trois mois plus tard, Spencer coorganisa la grande manifestation « Unite de Right » à Charlottesville, dont les images choquèrent le monde entier, surtout que l’un des racistes fonça sur la foule avec son véhicule, tuant une jeune femme et blessant une vingtaine d’autres contre-manifestants…

Éternel provocateur, le gosse de riche revint il y a peu de temps à Charlottesville, au début d’octobre, où il mena une autre marche au flambeau :

z6 torch spencer 9 octobre

 

 

Jouer la carte de la liberté d’expression alors qu’il s’agit de discours haineux

Depuis les événements de Charlottesville, les universités hésitent plus que jamais à louer des salles de conférences à cet hurluberlu prêchant la haine.

Il plaide pour le retour des femmes au foyer, met en doute le bien-fondé de leur droit de vote, souhaite l’avènement d’un État-blanc en Amérique du Nord, un peu comme l’État d’Israël, mais sans les Juifs qu’il pourfend. Il se demande même si les Juifs sont des « personnes », ce qui mettra CNN dans l’embarras :

CNN dans L'embarras
La bannière apparaissant à l’écran fut jugée scandaleuse par plusieurs, CNN dut s’excuser

Spencer se montre ouvert à la contraception, mais pour des raisons tout à fait ignobles : il croit que cela aurait pour effet de réduire la croissance des « peuples noirs et hispaniques » qui ont un taux de natalité plus élevé que les blancs…

Au moins trois universités américaines ont ainsi refusé de le recevoir dans les derniers mois, mais celui-ci contre-attaque à l’aide d’avocats en invoquant le 1er amendement, protégeant la liberté de parole. Il y a donc par exemple l’Université de Floride qui est revenue sur sa décision en laissant Spencer s’exprimer.

Le résultat fut assez absurde quand on y pense : le gouverneur de Floride décréta l’état d’urgence, mobilisant hélicoptères, garde nationale et camions de sable, les cours près de l’amphithéâtre furent tous annulés, la conférence comme telle fut couverte de huées, tout ça pour le bénéfice d’une vingtaine de supporters racistes venus écouter Spencer.

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Qui plus est, l’université devra débourser plus de 600 000$US en frais de sécurité et une balle fut tirée en direction des manifestants par trois suprémacistes qui se sont enfuis dans un pick-up après avoir fait des saluts hitlériens…

La bonne nouvelle fut finalement qu’un néo-nazi ayant été frappé au visage durant les manifestations s’est fait donner un câlin par un protestant lui demandant : « Pourquoi me détestes-tu? ». Le nazi a figé.

 

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En conclusion, l’on pourrait être tenté de relativiser le phénomène Spencer en remarquant qu’il n’attire que quelques dizaines de partisans à ses événements (parfois jusqu’à 200). Mais l’on parle de néonazis extrêmement radicaux et décomplexés. La manifestation « Unite the Right » à Charlottesville fut un exemple éloquent de leur capacité de rassemblement.

À cela s’ajoute un président lui-même xénophobe qui ne semble pas vouloir freiner les pires dérives du mouvement alt-right. De dangereux illuminés comme Richard Spencer auront sans doute les coudées franches au cours des prochaines années.

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