L’une des pancartes électorales de Québec solidaire dérange la droite identitaire, qui refuse qu’on puisse afficher la diversité : les commentaires racistes fusent, on parle de « tirer dessus avec un gun à peinture », un autre évoque le mondialisme « juif » (Jxxx).
Rien n’a été modéré, car la plupart des interventions vont en ce sens. Le commentaire d’un certain « Isidore » semble même appeler au meurtre et reçoit des « likes » :
Encore d’autres commentaires :
Quand une personne fait valoir à Isidore qu’il dépasse les bornes, il se rebiffe et est défendu par quelques appuis :
Qu’est-ce que N.A.Q.A.R.E.Q?
N.A.Q.A.R.E.Q. est un groupe fermé comptant 3844 abonnés.es. Il est cofondé en mai 2016 par Eddy Poulin et une certaine Diane Rose, militante péquiste et membre de La Meute :
(Groupe secret de La Meute, dans lequel elle interagit fréquemment)
Dans son prologue, Mme Rose explique que l’objectif est de regrouper des gens victimes du racisme anti-québécois, la « Québécophobie ». Il faut dire que même l’ex-chef du Bloc Québécois, Mario Beaulieu, a participé à populariser la notion de « québécophobie », mais en tant que synonyme de « Québec bashing ».
Mais chez N.A.Q.A.R.E.Q., on combat plus directement la diversité et l’islam en particulier :
On prône ce qu’on appelle la « désinfection » du Québec et du Canada. On se croirait dans l’Allemagne nazie des années 30’…
Il s’agit, en gros, d’un ramassis de gens tannés de se faire étiqueter comme « racistes », ils se rassemblent donc pour mieux exprimer leur racisme entre amis.es… S’ils estiment que l’islam n’est pas une « race », une recherche rapide avec le mot-clé « n*gre » démontre qu’ils sont réellement racistes dans tous les sens du terme :
(Ce Lalancette illustre bien le racisme larvé de La Meute…)
Notez que toutes ces remarques répugnantes ne sont que la pointe de l’iceberg, et se trouvent en ligne depuis des mois, sans que personne parmi les modérateurs.trices, ni Facebook, ne soit intervenu.
Sur « Monseigneur Isidore de Saint-Jérôme »
(**Avertissement: appels à la violence)
Ce monsieur utilise bien sûr un pseudonyme, mais il est constant dans ses prises de position. Après la publication de mon billet sur l’affaire de la pancarte électorale, son compte a été signalé et barré de FB pour un certain temps.
Voici quelques captures d’écran qui ont été prises peu avant sa disparition de FB. Il est assez incroyable de voir des gens appuyer ses publications :
Diane Blain est cette citoyenne qui a interpellé Justin Trudeau, lors d’un rassemblement libéral à Saint-Jean-sur-Richelieu, jeudi dernier. Elle a été expulsée par des officiers de sécurité, mais est acclamée par la droite identitaire, qui voit en elle une authentique héroïne et martyre de la cause nationale.
Quel exploit a-t-elle réalisé? Elle s’est mise à hurler durant un discours de Justin Trudeau, l’interrompant en plein milieu. Mme Blain lui reprochait d’avoir dépensé 146 millions$ pour les « immigrants illégaux », alors qu’en réalité ce sont des demandeurs d’asile et nous sommes obligés d’étudier leurs demandes en vertu des traités internationaux. Ces gens ne sont pas là sous l’invitation de Trudeau, mais ils fuient plutôt les politiques de Trump et tout cela s’inscrit dans un contexte international où il y a une crise des réfugiés.es depuis au moins 2015.
« Moi je veux savoir quand vous allez nous remettre les 146 millions qu’on a payés pour VOS immigrants ILLÉGAUX ? ». Mme Blain laissait donc savoir qu’elle ne voulait pas que « ses » impôts servent à accueillir les migrants « de » Justin Trudeau. Elle veut des politiques axées sur les «Québécois de souche », comme elle l’a vociféré à de multiples reprises :
(Blain a crié des trucs contre l’immigration sans expliquer à Trudeau qu’elle évoquait la demande du ministre Heurtel ou quoi que ce soit)
Comme l’a bien démontré « Le Troupeau » dans une série de Tweets, le coup d’éclat avait été prémédité par un groupe de militants.es affiliés à l’extrême-droite. Plusieurs personnalités ont partagé la vidéo et pris la défense de Mme Blain sans chercher à savoir qui est cette dame :
En fait, Diane Blain fait partie du Front patriotique du Québec (FPQ), et avait convié à l’événement un certain Mario Dallaire, membre du même groupe :
Mario Dallaire nous apprendra plus tard qu’une cinquantaine de militants.es anti-Trudeau était attendue, mais que seulement 9 se sont pointés. « La dame a fait ce qu’elle avait à faire » :
Sur les vidéos publiées par le Front patriotique (groupe d’extrême-droite anti-immigration), on peut se rendre compte qu’ils attendaient ensemble le cortège de Justin Trudeau :
Une fois sur place, un de leurs compagnons s’était mis une ceinture fléchée et distribuait des petits drapeaux du Québec pour troller les libéraux :
Notons que le responsable de la vidéo « Live », Carl Brochu, est aussi membre du FPQ :
Mieux encore, le vidéaste qui avait filmé la scène, Carl Brochu, a admis lors d’une web-émission que tout avait été minutieusement planifié. Les activistes s’étaient infiltrés un à un dans cet événement libéral, pour déjouer la sécurité. Il affirme qu’ils étaient 10 à 15 personnes ayant pour objectif de « perturber » le rassemblement :
Le coup avait donc été orchestré par un groupuscule raciste, à la manière de ce qu’avait fait La Meute un jour plus tôt, en Abitibi-Témiscamingue. La gang à Mario Dallaire voulait s’y rendre, mais avait finalement opté pour Saint-Jean-sur-Richelieu.
Les enfantillages de La Meute
Mercredi, le premier ministre Trudeau était en Abitibi pour rencontrer des acteurs politiques de la région. Les « nonos » de La Meute du Clan de l’Abitibi ont voulu narguer Trudeau en prenant des « selfies » avec lui, en découvrant leurs « pattes de chien » à la dernière seconde (Mme Blain fut impressionnée) :
Quel était le but? Qu’est-ce que ça donne? Rien. Les Meutons.nes étaient là avec leur cheffe de clan « Abby Louve », il y avait aussi un autre bonhomme à ceinture fléchée :
Qui est Diane Blain?
À l’instar du Front patriotique du Québec, elle est une militante anti-immigration ayant un faible pour le Parti québécois (elle est reconnue pour parfois passer des nuits à tenter de convertir des gens au PQ) :
(Une autre qui fut emballée par la Charte des valeurs?)
Elle a déjà fait la manchette à l’aube de 2015, pour avoir refusé de se faire opérer par une dentiste portant le hijab :
Voici un extrait de son cri du cœur de l’époque :
« Je suis en beau maudit. J’avais été référée à la clinique dentaire de l’UdeM car les coûts sont plus abordables. (…) Enfin je pourrai faire réparer mes 3 fractures de dents et faire mon traitement de canal. À 13h, tourne et tourne, pas de stationnement. J’avise que je vais être en retard. Je m’enregistre et je vais dans la salle d’attente. Au bout de 2 minutes, une étudiante de 3e cycle me demande de la suivre. CAUCHEMAR. Ah non, pourquoi ça m’arrive? Merde je me dis dans ma tête. Ne courbe pas l’échine Diane. Câlice, c’était une voilée » (FB, fév. 2015).
Pauvre Mme Blain, elle voulait être traitée par un être humain, mais non, « une voilée ». Elle lui demande même en pleine face : « Est-ce que ça va être toi qui va me donner les soins? Tu sais, je n’ai rien contre toi, mais ton voile c’est vraiment contre mes croyances et me blesse dans mes valeurs profondes »… Puis elle se plaint plus tard de la réaction de l’étudiante : « Elle me fusille avec ses yeux noirs charbons ».
En résumé, en plus d’une attitude discriminatoire, les propos de Mme Blain ont dû être extrêmement offensants pour la jeune femme. Blain ne montre toutefois aucune empathie : « Cette petite crisse là est allée se plaindre que j’aie demandé une autre personne. Les droits des Québécois de souche sont fragiles à cause de la meute de l’islam. Je veux demander un accommodement raisonnable, est-ce que quelqu’un peut m’aider? ».
Notons qu’encore aujourd’hui, elle traite les musulmans.es de « fils d’Allah consanguins » sur Facebook…
Visiblement islamophobe, la dame passera une bonne partie de 2016 et 2017 à interagir dans le groupe secret de La Meute. Son compte a été fermé ou supprimé depuis, mais on peut toujours apercevoir les gens qui lui répondent :
Ajoutons qu’elle est également membre du groupe Storm Alliance:
Voici Mme Blain à Saint-Bernard-de-Lacolle, en train de manifester contre les demandeurs d’asile, aux côtés de Storm Alliance (18 mai) :
Et, plus récemment, elle participa à la manifestation de l’islamophobe Pierre Dion à Laval, où elle est reçue en grande pompe :
Conclusion
De plus en plus de groupes d’extrême-droite talonnent Trudeau, non pas pour les bonnes raisons (économiques, environnementales, etc.), mais parce qu’on l’accuse absurdement de favoriser l’immigration soi-disant « illégale » et d’« islamiser » le Canada. Au lieu de critiquer les « élites » et les inégalités pour exiger un monde plus juste, on se braque contre les minorités culturelles et les nouveaux arrivants.
Ces groupes font une fixation sur Trudeau, appelant à des actions directes. Mario Dallaire, évoqué plus haut, propose par exemple de faire sauter un buste de Trudeau père :
L’un des administrateurs du Front patriotique du Québec (Stéphane Dufesne, alias Phénix Le Patriote) a déjà proposé de perpétrer un faux attentat terroriste djihadiste afin de « réveiller les cr*sses d’endormis » :
Ces pseudo-felquistes à la sauce xénophobe critiquaient-ils autant le conservateur Stephen Harper, qui, pendant dix ans, n’était pas davantage « indépendantiste » et préconisait des politiques encore plus à droite?
Comme l’a observé « Le Troupeau » cette semaine – mon billet se veut une synthèse de leurs découvertes sur Twitter – l’équipe de campagne de la candidate péquiste Michelle Blanc compte un militant proche de l’extrême-droite.
Aussi loin que le 30 juin dernier, je publiais par exemple un statut démontrant que l’individu en question a participé à plusieurs manifs de l’extrême-droite, que ce soit à Saint-Bernard-de-Lacolle avec Storm Alliance (photo du centre) ou dans un stationnement de Québec avec La Meute :
Eh bien un mois et demi plus tard, Le Troupeau remarque que ce monsieur est toujours militant actif pour Michelle Blanc, et elle le présente ainsi sur cette photo de ses « bénévoles » (événement du 12 août, au parc Laurier) :
À cette même émission sur RadioInfoCité, Lamontagne a aussi reçu des hurluberlus tout à fait racistes tels DMS, qui se réclame de l’Alt-Right, du suprémacisme blanc et du KKK (selon ce billet détaillé).
Depuis que M. Lamontagne milite pour Michelle Blanc, il n’a pas cessé ses activités controversées. Le 1er juillet dernier, il se trouvait par exemple à la manifestation du groupe extrémiste « Front patriotique du Québec », où ils étaient escortés par une milice du III% :
Plus récemment, il s’implique aussi dans les campagnes contre la mairesse Valérie Plante sur les réseaux sociaux – participant à l’hystérie collective sur son soi-disant mépris du drapeau québécois, ce qui est faux – exigeant la mise sous tutelle de la ville, en répondant à une Meutonne :
La zizanie électorale est bel et bien entamée au sein de l’extrême-droite québécoise, notamment entre les ultranationalistes pro-péquistes et les partisans du parti émergent « Citoyens au pouvoir » (CAP) qui rallie une grande part des xénophobes.
Ces tensions mettent déjà en péril d’importantes manifestations qui devaient se tenir dans les prochaines semaines. Le 26 août à Montréal, il devait y avoir un « Grand rassemblement pour le respect du drapeau québécois », co-organisé par l’Union patriote (UP) et le Front patriotique du Québec (FPQ).
Rappelons que dans les cercles « patriotes » d’extrême-droite, on pousse actuellement les hauts cris contre la mairesse Valérie Plante, qu’ils accusent de ne pas honorer le drapeau du Québec à l’Hôtel de ville et d’être pro-islam (deux accusations farfelues) :
Le Front patriotique du Québec – qui était le plus important organisateur en termes de membres – vient d’annoncer avec fracas qu’il se retire de la manif du drapeau :
La vraie raison étant que l’organisation est résolument pro-péquiste, tandis que plusieurs participants.es à la manif allaient afficher les couleurs d’un parti politique rival. Voir le message d’un dirigeant :
Le Front patriotique avec le PQ
Il ne fait aucun doute que le FPQ appuie le Parti québécois, du sommet jusqu’à la base, comme en fait foi ce message de leur chef :
Nombre de leurs militants.es s’affichent fièrement :
Le militant péquiste Martin Joseph Lamontagne est d’ailleurs très influent dans les milieux identitaires, il pousse énormément pour que ceux-ci votent PQ. Le voici tout d’abord avec Michelle Blanc qui est sa candidate dans Mercier :
Au départ, M. Lamontagne appuyait sans réserve la manif contre Valérie Plante, allant jusqu’à soutenir que Montréal doit être mis « sous tutelle » :
Puis il changea son fusil d’épaule, en apprenant que des partisans de CAP prendraient part à la manif :
Les chefs du Front patriotique ont lancé une campagne de « mèmes » encore plus agressifs envers CAP et la CAQ, afin de les associer au Bonhomme Sept Heures « Power Corporation » :
De leur côté, des fidèles de CAP utilisent des arguments tout aussi étranges, reprochant au PQ d’être mené par un proche de la diabolique Hillary Clinton :
La Meute, de tendance caquiste
Le chef des loups, Sylvain « Maikan » Brouillette, a publié quelques statuts laissant croire qu’il est tenté par François Legault, mais il insiste pour préciser que chaque membre est libre de se faire sa propre idée, en fonction des candidats.es de leurs comtés.
Brouillette invite d’ailleurs les volontaires à se joindre à la manif anti-Plante :
Il ne retirera pas son soutien à la manif, puisqu’elle n’est pas péquiste de son côté. Plusieurs statuts, sur le groupe secret, mettent la CAQ en vedette, avec quelques nuances :
Conclusion
Les groupes d’extrême-droite de type indépendantiste, tel le Front patriotique, appuient traditionnellement le Parti québécois ou le Parti indépendantiste. Mais étant donné leur chute dans les sondages et la montée de Citoyens au pouvoir, cet électorat est de plus en plus divisé et la confrontation s’est embrasée.
Avec Stéphane Blais à sa barre, CAP est quand même parvenu à rallier les appuis de la « Fondation Équipe Québec (dont l’ex-bloquiste Daniel St-Hilaire qui se porte candidat), le chef des « Insoumis », André Pitre (alias Stu Pitt), Ken Pereira, et de nombreux autres personnages relativement influents dans la droitosphère.
Restent la CAQ et le Parti conservateur du Québec (Adrien Pouliot) qui séduisent des ultranationalistes, moins attirés.es par l’indépendance.
Ces luttes intestines risquent de s’aggraver durant la campagne électorale, compliquant les alliances entre groupuscules identitaires pour les mois à venir.
Les grandes théories de la conspiration actuellement en vogue auprès de la droite radicale ont pour point commun de faire la part belle à Donald Trump, et d’être apparues, comme par magie, durant la campagne qui l’opposait à Hillary Clinton.
Comme le faisaient valoir les deux protagonistes ayant participé à une émission spéciale d’André Pitre (ex-membre de La Meute) sur la pédophilie : de nos jours, pour discréditer un.e candidat.e politique, il ne suffit plus de parler d’adultère, il faut aller plus loin en l’associant à des actes vraiment ignobles.
Les deux larrons ne se rendront pas compte qu’ils mettent eux-mêmes en application cette devise, en associant Hillary Clinton – puis les progressistes en général – à la déchéance morale, à la pédophilie, à des messes sataniques et même au cannibalisme…
Je propose une brève présentation du phénomène « Qanon », du « #Pizzagate », puis de l’émission spéciale de Stu Pitt, présentée la semaine dernière.
« We are Q »
Un mystérieux informateur du nom de « Q » s’est manifesté sur le forum anonyme 4chan, le 28 octobre 2017. Depuis cette date, il continue à divulguer de petites révélations sibyllines sur le forum 8chan. Des centaines de milliers de gens le suivent donc sur le web, en essayant de décrypter les informations soi-disant sensibles qu’il souhaite transmettre.
De nombreux fans de Donald Trump lui vouent un véritable culte, car Q aurait la prétention de livrer toute la vérité sur un sombre complot pédophile mondial impliquant toutes nos élites, dont Hillary Clinton, Barack Obama, George Soros, des influenceurs d’Hollywood, etc.
Les rallies de Trump sont de plus en plus envahis par les fans de Q
La lettre « Q » réfère à une habilitation de sécurité « Q », l’une des plus élevées aux États-Unis. Un haut responsable de l’administration Trump opérerait ainsi de petites fuites d’information, de manière anonyme. Après les vastes complots « Illuminati », on pense tout comprendre des mécanismes invisibles mettant le monde en œuvre en se nourrissant religieusement des « miettes de pain » disséminées par Q.
Certains vont jusqu’à croire que la personne derrière Q serait John F. Kennedy Jr. (1960-1999), qui aurait feint sa propre mort… Mais il y a plutôt lieu de croire qu’il s’agit de n’importe quel faussaire pro-Trump.
La comédienne américaine Roseanne Barr fait partie des vedettes ayant promu Q publiquement (en plus des habituels Alex Jones et de Curt Schilling, ex-lanceur étoile de baseball, qui tient un « podcast » pour le compte de Breitbart)
D’autres fanatiques vont jusqu’à poser des gestes de désespoir afin de pousser les autorités à révéler tous les détails de ce pseudo sombre complot. Le 25 juin dernier, un homme a notamment bloqué un pont pendant 90 minutes, au Nevada, à bord d’un gros truck contenant un fusil d’assaut AR-15 et un pistolet :
Cette théorie conspirationniste s’inscrit dans le droit fil de l’histoire du #Pizzagate et a pour but spécifique de laisser croire que Donald Trump serait un authentique libertador en train de se servir de l’« enquête russe » pour se rapprocher du procureur spécial Robert Mueller avec lequel il démantèlera un immense réseau pédophile mondial (?!?).
Autrement dit, si Trump est présentement dans l’eau chaude et perd plusieurs collaborateurs dans la foulée de l’« enquête russe », ses fans préfèrent croire qu’il est en parfait contrôle de la situation et même qu’il mène une campagne héroïque pour assainir les mœurs de Washington.
Maître ès moralité? On oublie peut-être que Trump fut lui-même accusé de toutes parts d’être un multi agresseur sexuel, en plus d’être soupçonné de violence conjugale :
Enfin, pour rendre la chose plus intéressante, les disciples de Q considère que ce dernier nous dévoilerait les arcanes du « Deep State », c’est-à-dire les faits et gestes des éminences grises tirant les ficelles du pouvoir. Le Deep State serait composé d’un côté des « Whites hats », qui s’avèrent les « patriotes » pro-Trump (p.ex. Q lui-même), et des « Black hats », qui seraient les méchants mondialistes comme George Soros…
Tout sur le #Pizzagate (c’est-à-dire rien, du vent)
Les théories du complot à propos de soi-disant réseaux pédophiles mondiaux ont monté en flèche durant la campagne électorale américaine.
Dix jours avant le vote, l’affaire du Pizzagate démarre par le Tweet réalisé d’un avocat new-yorkais qui prétendait qu’Hillary Clinton serait liée indirectement à un réseau pédophile nommé « Lolita Express ».
Dans les jours suivants, un internaute souligne qu’un proche collaborateur de Mme Clinton, John Podesta, aurait écrit des messages à James Alefantis, gérant de la pizzeria Comet Ping Pong, pour une levée de fonds en faveur de Mme Clinton.
Salle de jeux de Comet Ping Pong
Les conspirationnistes se sont alors mis à analyser scrupuleusement les messages codés échangés par John Podesta et Mme Clinton, et entre les deux frères Podesta, par le biais de courriels privés ébruités par WikiLeaks. Ils en ont conclu que les termes « fromages », « nouilles », « domino » et « hotdogs » devaient nécessairement référer à de la prostitution juvénile et qu’Hillary Clinton approuvait ces choses.
Ces allégations sur Mme Clinton n’ont jamais été corroborées, loin de là. Puis quand bien même John Podesta aurait quelque chose à cacher, il n’a jamais été accusé de quoi que ce soit au niveau judiciaire. Nous sommes donc dans le domaine du 100% hypothétique, des amalgames et des culpabilités par association.
Plus ridicule (et inquiétant) encore, un homme armé a déjà fait irruption dans la pizzeria familiale Comet Ping Pong, car les complotistes s’étaient persuadés que le sous-sol du restaurant recelaient des tonnes d’enfants exploités sexuellement. Un des indices étant que les deux raquettes de ping-pong illustrant le menu serait un code international pour « pédophilie ».
Une arme d’assaut utilisée lors du raid dans le restaurant
Le forcené a donc exigé qu’on lui montre la fameuse cave et s’est mis à tirer dans un placard : le restaurant n’avait aucun sous-sol…
Simple placard
Les croyants.es du #Pizzagate n’ont toutefois pas été impressionnés par la démonstration. Ils soutiennent que le forcené en question n’était qu’un acteur payé pour clore l’histoire (tentative de cover-up)…
Le spécial Stu Pitt
Ces théories conspirationnistes sont donc fort populaires par les temps qui courent, via le mouvement Qanon, qui se fait voir et entendre chez les supporters de Trump.
Les deux invités de Stu Pitt se targueront d’être les deux seuls au Québec à mettre ces théories sur la place publique, via les tribunes de RadioX et de Stu Pitt. Selon le « spécialiste complotiste » Ken Pereira, l’élite d’Hollywood serait une sorte d’organe de propagande d’une élite mondiale cherchant à corrompre nos mœurs.
M. Pereira (qui s’est fait connaître à la Commission Charbonneau) mentionne par exemple un certain sorcier, Anton LaVey, proche de Marylin Monroe, ayant performé à Hollywood pour le compte de l’Église de Satan. Puis il ajoute l’exemple de Marina Abramović – une artiste avant-gardiste en art corporel – qui ferait des rituels simulant le cannibalisme (Spirit Cooking). Quel rapport avec un réseau pédophile? Aucun.
D’après Ken Pereira: « L’agenda d’Hollywood est de détruire la famille, de détruire la religion ». Ces déclarations à l’emporte-pièce ravissent les commentateurs.trices de Stu Pitt :
Hollywood procéderait ainsi à un « mainstreaming » de modes de vie pédophiles, pour « pervertir la jeunesse », tout cela avec la complicité du « Deep State » : « Le Deep State vend l’impunité ».
Si Trump a déjà promis d’« assécher le marais » de Washington, en combattant la corruption et les différents establishments du pouvoir, on conçoit désormais cette lutte comme une opposition à la décadence morale et au Deep State des hommes de l’ombre.
Conclusion
En dernière analyse, il saute aux yeux que tous ces échafaudages conspirationnistes n’ont pour but que de diaboliser le progressisme en général, supposément coupable de pervertir les mœurs (le féminisme, les luttes d’émancipation pour l’égalité, etc., car les valeurs modernes entreraient en contradiction avec les bonnes vieilles traditions morales).
Hillary Clinton peut certes être critiquée, même à gauche, mais l’associer au satanisme, au cannibalisme et à n’importe quoi n’a plus aucun contact avec le réel. En outre, elle a perdu ses élections il y a 2 ans, les pro-Trump pourraient peut-être enfin changer de disque, d’autant plus que le milliardaire Trump est issu de cette même élite américaine qu’on prétend supposément combattre…
« Citoyens au pouvoir du Québec » (CAP) est ce petit parti politique émergent qui se distingue par sa volonté ferme de redonner le pouvoir au peuple, mais aussi pour ses dérives toujours plus à droite, ayant notamment fait jaser dans les médias lors du court règne de Bernard « Rambo » Gauthier, durant l’année 2017.
Le parti parviendrait aujourd’hui à séduire plusieurs personnalités telles le comédien et cinéaste Stéphane E. Roy, les lanceurs d’alerte Ken Pereira et Lino Zambito, l’ex-bloquiste Daniel St-Hilaire, l’ex-président du comité jeunesse péquiste Alexis Cossette-Trudel, etc.
À l’origine (2011-2012), la formation politique – cofondée par Roméo Bouchard – se nommait « La Coalition pour la Constituante », car on y préconisait une refonte totale du politique, par le biais d’une assemblée constituante. Puisqu’on y prêche aussi l’abandon de la notion de partis politiques et de la partisanerie sans fin, la formation prendra le nom de « Parti des sans parti » de 2013 à 2016, pour devenir CAP sous Rambo Gauthier.
Comme je l’ai déjà indiqué dans un article précédent, le chef effectif n’était pas Rambo Gauthier, mais bien Yvon Simard, qui ne se servait de Rambo comme mascotte pour attirer l’attention et raffermir son prestige. Loin de se plier à un idéal de gouvernance « horizontale », M. Simard régnait en maître sur le parti et il fut forcé à la démission en janvier 2018.
L’équipe d’Yvon Simard
De décembre 2016 à janvier 2018, Yvon Simard fut donc le véritable dirigeant de Citoyens au pouvoir, s’entourant d’une garde rapprochée qui comptait, entre autres, sa propre fille.
À l’été 2017, il s’était rendu à un colloque du Mouvement républicain du Québec (MRQ) avec une délégation de son parti. Il avait été subjugué par un magnifique discours du porte-parole de La Meute – Sylvain « Maikan » Brouillette – à tel point qu’il lui demanda une copie de son discours.
Sylvain Brouillette portait le même jacket en cuirette lors du lancement de son « Manifeste » en avril 2018
Comme par hasard, les principaux leaders de CAP seront par la suite de plus en plus intimement liés à La Meute. Pour donner quelques exemples, M. Simard se trouvera pris dans le stationnement avec les manifestants.es de La Meute, le 20 août 2017 à Québec :
Son bras droit de l’époque, Mario Roy, était coincé dans le même sous-sol, et deviendra peu après un membre à part entière du groupe d’extrême-droite identitaire :
Il ira aussi chercher de nouvelles recrues comme Jean François Dubois, duquel il dira le plus grand bien. Ce dernier s’affichait fièrement comme membre de La Meute :
Dubois est toujours partisan de CAP aujourd’hui et se démarque encore par ses vidéos renversantes au sujet de l’islam (Avertissement : contenu offensant) :
L’équipe de Stéphane Blais
En janvier dernier, le chef Yvon Simard aurait subi un putsch de la part de la clique à Stéphane Blais, si l’on se fie au témoignage de la fille d’Yvon Simard :
Stéphane Blais accuse à son tour M. Simard d’avoir volé des documents importants et d’avoir caché ses antécédents judiciaires aux membres du parti. Les couteaux volent bas :
Qui est Stéphane Blais? Il s’agit d’un comptable agréé spécialisé en fusions & acquisitions, qui s’est fait connaître en tant que fondateur du « Mouvement intégrité Québec » et candidat à la mairie de Lévis en 2013 (mais n’a pas pu se présenter aux élections suivantes car il n’avait pas acquitté sa dette électorale…). À CAP, il reçoit 91,9% des appuis lors de sa prise de pouvoir :
Dans les cercles d’extrême-droite, il apparaît à l’avant-plan en co-organisant le colloque du Mouvement républicain à St-Lazare, le même qui attira une délégation de Citoyens au pouvoir.
(ici en entrevue, en marge de l’événement)
Sur le dépliant officiel, on pouvait voir que M. Blais n’était pas simple conférencier, mais également contributeur au niveau de l’enregistrement « multimédia » de l’événement :
Il était donc comme un poisson dans l’eau, dans ce superbe événement où des loups de La Meute se retrouvaient partout pour « sécuriser » les lieux, tout en arborant leurs couleurs. Les conférences se donnaient dans une écurie loin de Montréal, afin de se dérober aux méchants antiracistes :
(Le chef de La Meute à gauche, Robert Proulx à droite)(Caricature par Alex Fatta)
Dans la foulée, M. Stéphane Blais s’abonnera aussi à la page officielle de La Meute :
Notons enfin que celle qui recevait le colloque du MRQ était Sophie Robichaud, qui s’avère une responsable du Mouvement intégrité Québec de M. Blais. Elle est ainsi propriétaire du « Centre équestre Intégrité »:
(Capture telle quelle tirée de la vidéo des conférences)
Les candidats-vedettes
Selon un média des Basses-Laurentides, plusieurs personnalités songent à faire le saut en politique avec CAP. Il y a par exemple Ken Pereira, un lanceur d’alerte dans le monde de la construction, devenu célèbre suite à ses passages à la Commission Charbonneau en 2013.
Pereira a plutôt fait parler de lui ces derniers temps pour ses sorties publiques stupéfiantes à propos des demandeurs.ses d’asile, qualifiant, à plusieurs reprises, le phénomène d’ « invasion », il ajouta que nous sommes « envahis » et que Trudeau est un « traître » pour cette raison…
Ken Pereira donne désormais des entrevues chez Stu Pitt pour dénoncer un soi-disant complot « pédophile » mondial soutenu par nos élites…
Cela peut rappeler l’ex-candidat de CAP, Mario Roy, qui défendait des théories bizarres à propos du Parti québécois qui aurait mis sur pied un réseau d’enlèvement d’enfants (!!!) :
Ken Pereira souhaiterait se présenter dans Mercier en 2022, mais milite pour l’instant dans un autre comté, pour soutenir le candidat Alexis Cossette-Trudel dans Sainte-Marie – Saint-Jacques.
L’artiste Stéphane E. Roy serait lui aussi séduit par CAP : « L’acteur est particulièrement connu pour son rôle de Sylvain Desjardins dans l’ancienne série Caméra Café (…). « J’ai vraiment l’impression que ce sont les citoyens qui pourraient avoir le pouvoir et non les politiciens de carrière », dit-il. Il devrait faire connaître sa décision finale au cours du mois de juillet ».
Un grand amoureux de la gauche ce M. Roy :
L’article de Mon Journal évoque aussi la candidature appréhendée M. Lino Zambito, qui a finalement reculé en raison de son « passé criminel » qui l’empêche de se présenter…
Notons que l’ex-candidat bloquiste Daniel St-Hilaire se présentera officiellement dans Maurice-Richard.
Tel que présenté dans un précédent billet, M. St-Hilaire est proche de nombreux courants d’extrême-droite, ayant été membre du groupe secret de La Meute, il a fait plusieurs conférence pour le Mouvement républicain et s’est même fait voir à St-Bernard-de-Lacolle lors de manifestations anti-réfugiés :
(Mathieu Goyette, en blanc, est un autre candidat officiel de CAP)(À Lacolle, Daniel St-Hilaire semble bien s’entendre avec le chef de la Storm Alliance, à l’époque, Dave Treggett_
Autres leaders problématiques
La section « Sac de chips » du Journal de Montréals’est déjà penchée sur le cas d’un candidat actuel prônant rien de moins que la « suppression » des mosquées par le biais d’un référendum populaire… Ce Michel A. Fournier appuie également le Front national disant qu’il faut « tuer » l’islamisme, sinon c’est lui qui nous tuera. Puis il rêve d’un dirigeant comme Donald Trump à la tête du Canada.
Sophie Robichaud estime qu’ils l’ont déjà leur Trump et c’est leur leader Stéphane Blais :
Une de leurs toutes nouvelles recrues est Matthieu Simard – candidat dans Chicoutimi – un total weirdo qui considère qu’il peut chasser les musulmans de sa page avec un « pentagramme de bacons ». Le plus sérieusement du monde, il les accuse de pratiquer un « culte de la mort » et un « culte du diable islamique ».
On peut ajouter que d’autres des militants.es les plus fervents de CAP sont fièrement membres de La Meute, tels Jynn Richard et Stéphane « Mon’oncle » Girard :
Conclusion
Si mon billet est un peu long, c’est que je souhaitais démontrer que plusieurs candidats.es sont problématiques, du sommet jusqu’à la base. Et mon enquête est très loin d’être exhaustive.
Lors de leur grand happening tenu à Montréal la semaine passée, les invités-surprises furent par exemple les animateurs de la Fondation Équipe-Québec, groupe ultra-nationaliste réputé être proche de La Meute et du Mouvement républicain (voir ce billet).
Et celui qui fut en charge de filmer l’événement fut André Pitre (alias Stu Pitt), proche des mêmes groupes extrémistes. Puis parmi les principaux donateurs de Stu Pitt, l’on retrouve ce même chef Stéphane Blais :
Blais aura beau répéter que la plateforme du parti n’est absolument pas d’extrême-droite, n’en demeure pas moins que ce sont les militants.es du parti qui font le parti. Ces gens-là rêvent d’une Constituante, mais quel type de société souhaitent-ils réellement voir advenir?
Que faisaient Catherine Fournier – députée de Marie-Victorin – et la candidate Farida Sam dans les studios de Stu Pitt?
Il s’agit d’un minuscule média financé par et pour l’extrême-droite. On y reçoit surtout des porte-paroles de La Meute, de l’Alt-right local, ainsi que des conspirationnistes et xénophobes en tout genre.
Philippe Magnan semble, depuis quelques mois, être devenu un pilier du « Stu-Dio », André Pitre – alias Stu Pitt – organisant lui-même une collecte de fonds pour financer l’appel judiciaire de Magnan :
Bref, dans quelle galère nos deux candidates péquistes sont-elles embarquées? Pourquoi aller courtiser quelques centaines d’extrémistes de droite?
Sur Stu Pitt
Vous l’aurez deviné, le « Stu-Dio » est la créature de Stu Pitt. C’est lui à la caméra et on l’entend interagir, hors-champ, durant les entrevues.
Stu Pitt est lui-même un ancien membre de La Meute, qui faisait partie du Clan 01 :
Sa photo de profil FB, en 2017, louangeait explicitement La Meute:
Comme cela le fut amplement documenté dans les médias, M. Pitre est reconnu pour avoir fait une tournée provinciale avec La Meute l’été dernier, pour vanter leur philosophie et faire du recrutement :
(Notez l’impressionnant service de sécurité « lupin » qui l’accompagnait)
(Ces six images réfèrent toutes à des émissions produites par Stu Pitt)
(Catherine Fournier au centre, la candidate Farida Sam à droite)
Entrevues de Catherine Fournier et Farida Sam
Catherine Fournier est donc députée du Parti québécois, qui plus est, responsable aux dossiers « d’immigration et de diversité » :
Dans un segment surréaliste (à 33min20), elle explique qu’il est important de s’informer aux bonnes sources, de sensibiliser les gens à cette cause :
Intervieweur, M. Le Ray « (Si vous étiez élue), vous auriez une loi qui permettrait de lutter contre les fake news? ». Mme Fournier : « Exact, et surtout on parle d’encouragement, c’est sûr qu’on ne peut pas tout contrôler ce que les gens écrivent sur les réseaux sociaux (…) ».
Ironiquement, Mme Fournier se trouve pourtant les deux pieds dans la salle de média de fake news la plus connue au Québec, ayant même été dénoncée à Radio-Canada. À leurs côtés, on aperçoit d’ailleurs Souhail Ftouh, un important contributeur de Dreuz.info.
Où sont les propagateurs de fake news? Tout autour…
Ftouh fera une entrevue commune avec la candidate péquiste Farida Sam, juste après de départ de Catherine Fournier. Je compte 429 articles publiés sur Dreuz.info par M. Souhail Ftouh, l’un des médias de fake news les plus célèbres et proche de l’extrême-droite :
Sur l’animateur, Éric Le Ray
Quant à l’animateur de l’émission « Occident », il s’agit d’Éric Le Ray, qui s’avère également un amateur de fake news. Il partage notamment des articles de Dreuz.info sur Facebook et autres trucs choquants comme cette fake news à propos de l’attentat de Toronto, la semaine dernière :
Le « même » en question présentait le visage d’un garçon qui n’a rien à voir avec la tragédie de Toronto. Le magazine L’Actualité le précise dans l’une de ses enquêtes :
Le Ray plaide pour un monde « sans journaliste » pour contrer par exemple les méchantes attaques subies par Donald Trump par des journalistes trop soucieux de vérité :
Quand on regarde ses préférences Facebook, on y remarque de forts penchants à droite :
Son béguin pour le Mouvement républicain (MRQ) n’est pas anodin. Il est ami de Guy Boulianne – alias le « Prince fou » (qui prétend être un protecteur du Saint Graal) – depuis de nombreuses années (au moins 2010). M. Le Ray participera à de multiples conférences et colloques pour le MRQ, après que Boulianne ait fondé ce groupe d’extrême-droite en 2017.
C’est sûrement par l’entremise du MRQ de Boulianne que Stu Pitt recrutera Éric Le Ray pour animer des émissions. On voit ici Pitt lors du lancement du Mouvement républicain, à un party de La Meute à Sainte-Sophie :
(Guy Boulianne à gauche avec sa conjointe, Pitre au centre, La Meute autour, ils concluaient des accords quant à la fondation du Mouvement républicain)
L’éminent intellectuel Éric Le Ray sera donc un invité naturel de Guy Boulianne, lors de leurs différents événements de propagande :
(Le gars plus à droite a vraiment l’air crédible…)
Puis Le Ray aboutira dans les studios de Stu Pitt, accueillant des candidates du Parti québécois…
Le pire c’est qu’il annonça aussi, lors de l’entrevue avec Catherine Fournier, qu’une autre candidate péquiste sera bientôt présente à l’émission, soit Mme Michelle Blanc : « J’ai invité Michelle Blanc qui doit venir » (à 21min).
Le Ray et Mme Blanc se connaissent effectivement de longue date, via leur intérêt pour le « numérique » :
Je vous laisse avec une vidéo-montage préparée par « Le Troupeau » :
Depuis mercredi soir, Jérôme Blanchet-Gravel se trouve dans le pétrin en raison de d’affirmations violentes à l’égard des femmes. De nombreuses captures d’écran ont circulé rapidement sur le web, il en a même suspendu son compte Facebook le temps de gérer la crise. Nous présenterons ces captures trash en fin d’article. Mais d’abord, qui est-il?
Il est ce jeune doctorant en science politique (Université d’Ottawa) – sorte de Mathieu Bock-Côté islamophobe en plein essor – qui, à 28 ans seulement, a déjà publié trois ouvrages, en plus de participer à deux autres et de rédiger au moins 138 articles!
Quelle productivité vertigineuse pour un polémiste qui répète inlassablement le même mantra anti-multiculturaliste : si tout va mal dans le monde, c’est la faute de la maudite gauche « régressive » défendant les minorités, le voile, les femmes, pis même l’environnement…
Heureusement qu’il y a des « libre-penseurs » comme lui, qui osent affirmer leur fierté d’être « homme blanc hétérosexuel ». Ça c’est de la « vraie gauche » comme personne n’avait pu l’imaginer avant lui. Sauf peut-être Richard Martineau – duquel il se rapprochera au cours des dernières années – puis des tonnes d’autres conservateurs comme Mathieu Bock-Côté, qu’il fréquentera à Génération nationale, à partir de 2013.
D’où vient-il?
Il s’agit d’un jeune intellectuel épicurien de Cap-Rouge, près de Québec, qui a fait ses études collégiales au cégep François-Xavier Garneau. Tout d’abord passionné de musique, il remporte même un prix à Cégeps en spectacle (2011).
Blanchet-Gravel poursuit ses études à l’Université Laval, et ne semblait pas arborer le « carré rouge » lors du Printemps érable. Quand il évoquera Gabriel Nadeau-Dubois plus tard, c’est pour le traiter de « gauche collabo » – envers l’islamisme – et se targuer que l’entrée Wikipédia de GND se réfère à l’une de ses propres chroniques pour le taxer d’ «extrême-gauche ». On peut d’ailleurs apercevoir le célèbre « carré vert » Laurent Proulx qui appuie Blanchet-Gravel :
(En 2012, Proulx s’était fait connaître en exigeant une injonction pour aller à ses cours, malgré la grève)
En fait, JBG, fin amateur de vin – sa famille possède des parts dans un vignoble – paraît s’être réellement épris de politique dans la foulée du débat entourant la Charte des valeurs du Parti québécois. Interdire à certaines femmes de porter le voile deviendra une mission sacrée pour ce jeune homme passionné de liberté.
Il fera la connaissance de son idole Djemila Benhabib en 2013, puis fait paraître son premier opus au titre génial: « Le Nouveau triangle amoureux : gauche, islam et multiculturalisme » (janvier 2014). Il fallait y penser. Toute la « gauche » occidentale couche avec l’islam et le multiculturalisme, c’est ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme. Quoiqu’il suffirait de coller une centaine de chroniques de Bock-Côté ensemble et nous aurions facilement une œuvre du même acabit…
Parlant de brillants combats, JBG sera par la suite « conférencier » vedette d’un cocktail pour soutenir « Poste de Veille » contre Dalila Awada (juin 2014). On sait désormais quelle était la valeur de sa bataille puisque que Philippe Magnan a été récemment condamné à verser 60 000$ à Mme Awada pour l’avoir diffamé en disant qu’elle était liée à des réseaux islamistes: pures machinations.
Précisons que l’événement faisait du même coup la promotion de son premier livre, publié aux éditions Accent Grave, appartenant à M. Daniel Laprès. Celui-ci une sorte de mentor pour le jeune homme à cette époque, si l’on se fie à leurs interactions sur Facebook. Rappelons qu’Accent Grave avait aussi publié un torchon contre le médecin et militant Amir Khadir intitulé « Les faces cachées d’Amir Khadir » (2012).
Au fil des années, la plus grande inspiration intellectuelle de Blanchet-Gravel a sans doute été le sociologue français Michel Maffesoli, qui a préfacé son dernier livre : « La face cachée du multiculturalisme » (février 2018). Maffesoli est surtout réputé pour ses penchants ésotériques, ayant par exemple dirigé une thèse sur l’astrologie, ce qui a fait scandale en 2001… Sa pensée est souvent contestée.
Ces médias réactionnaires qui publient JBG
Blanchet-Gravel s’est tout d’abord fait la main en écrivant des billets pour le Huffington Post (90 articles!), un média qui accueille toutes sortes de blogueurs sans les rémunérer. Puis il s’est taillé une place au sein de Causeur.fr, une tribune de tendance franchement islamophobe.
Le principal actionnaire de Causeur (44% des parts), Gérald Penciolelli, est une personnalité d’extrême droite française. Causeur.fr (et sa directrice de la rédaction, Élizabeth Lévy) ont été mis sur la liste noire des sites d’extrême droite dès 2009, par le MRAP, en plus d’apparaître dans un dossier sur le néo-fascisme du Nouvel Observateur en 2012 (source: Wikipédia). JBG y a donc publié une quarantaine d’articles antiprogressistes, dont en voici un échantillon :
(Notez son mépris des mouvements progressistes, alors qu’il se montre complaisant envers Trump et Le Pen)
Il y a quelques mois, notre jeune prodige s’est aussi fait recruter à Sputnik France, un média de fake news contrôlé par le Kremlin… Comme le mentionne Wikipédia : « La version française a été lancée le 29 janvier 2015, et a rapidement trouvé sa place dans les réseaux sociaux conspirationnistes et d’extrême droite ». Bravo à Blanchet-Gravel qui y a déjà fait paraître 8 articles.
Son idéologie
Jérôme Blanchet-Gravel est d’abord et avant tout un penseur identitaire méprisant la diversité sous le vocable « multiculturalisme ». Quand par exemple un DJ français vint à l’Élysée (DJ Kiddy Smile) avec sa troupe de danse, notre cher visionnaire cria à la « Décadence de l’Occident », rien de moins. Puis rit aux éclats suite à un commentaire préconisant une sorte d’eugénisme des « Africains », à la blague…
Ajoutons qu’il considère Donald Trump être l’incarnation de « la vraie gauche » et le qualifie même de « révolutionnaire ». À quand un doctorat en science politique pour JBG, ça presse!
Puis après avoir participé à « Génération nationale », tout le monde s’attendait à ce qu’il épouse la cause catalane, eh bien non : il préfère le pouvoir autoritaire de Madrid. Il a un béguin pour la répression, car trop de « sécessions » conduirait à l’émergence de nations dangereusement « multiculturelles », et imaginez au Québec s’il fallait que les Autochtones se mettent à quémander des territoires?
À la manière de MBC, son cheval de bataille à lui sera donc le « multiculturalisme », qu’il voit partout :
Et sur la question de l’antiracisme, il défendra sans gêne la fumisterie du « racisme inversé » :
Voir sa remarque condescendante à l’endroit du rappeur et historien Webster :
Mais attention, il n’est pas du tout raciste, car il aime bien les « femmes exotiques » :
La controverse autour de SLĀV le fera particulièrement réagir. Pour lui « Mine de rien, les antiracistes racistes nous offrent leur mort idéologique sur un plateau d’argent » (7 juillet). « Une mulâtre (serait)-elle autorisée à (chanter la pièce)? » (28 juin). Il soutient également qu’on ne négocie rien avec les « extrémistes », « Pas plus qu’on ne négocie avec les terroristes » (9 juillet). Okay…
C’était donc la panique chez JBG. Voyant l’opposition à SLĀV, il évoque un « suprématisme noir. Un Afro-suprématisme auquel adhèrent des Blancs » (27 juin). Il fera aussi un parallèle douteux avec les « prostituées » :
Bref, Blanchet-Gravel n’aime pas la diversité, les immigrants.es, et même les écologistes… qu’il enverrait bien « en région », pour s’en débarrasser (son deuxième livre, paru en 2015, pourfendait notamment ce qu’il nomme l’« écologisme ») :
L’affaire de l’Amère à boire
Dans les dernières semaines, notre ex-musicien s’était démarqué sur les réseaux sociaux en déplorant avoir été « expulsé » d’un bar de Montréal pour ses « opinions politiques ».
À la vérité, c’est seulement après avoir payé son addition qu’il se serait fait dire qu’il n’était pas le bienvenu dans ce bar. Non pas pour des raisons politiques, mais pour son attitude méprisante générale envers les femmes qu’il conçoit comme simples instruments de satisfaction. Voir par exemple ce témoignage d’une blogueuse :
« Dès le lendemain, Richard Martineau publiait sur sa page Facebook un statut dénonçant l’événement. Tellement habitué de critiquer aveuglément les mêmes idéologies, il a mis l’incident sur le dos de « la gauche Plateau », alors que ce n’était pas vraiment lié à des idées politiques et que le bar se trouve dans le Quartier latin, dans l’arrondissement Ville-Marie. Belle preuve de sa rigueur professionnelle.
C’est plutôt pour ses propos concernant les femmes qu’il n’est plus le bienvenu dans cet établissement. Son discours antiféministe s’approche dangereusement de l’incitation au harcèlement sexuel et ne relève donc plus de la liberté d’expression, mais devient une menace pour la sécurité des autres ».
Blanchet-Gravel est un habitué des situations polémiques, à tel point qu’il s’était aussi fait tasser d’un séminaire universitaire l’an passé, selon son propre témoignage. Doctorant en science politique, il avait plaidé que le pouvoir politique était un « principe érectile » comme la figure du père et avait opposé ça à un principe d’« invagination » :
Ultimement, c’est plutôt ses discours antiféministes, niant notamment la notion de culture du viol, et son attitude générale à l’égard des femmes, qui ont gêné les serveuses de l’Amère à boire. Fier de son machisme, il a tendance à objectiver les femmes. Sur son mur Facebook, il publie par exemple des postérieurs de femmes qu’il photographie lui-même, avec le message « sans commentaire » :
(J’ai volontairement recadré plus haut)
Des captures d’écran choquantes
Depuis mercredi soir, Blanchet-Gravel est rattrapé par un ensemble de captures d’écran dont le contenu se révèle hautement misogyne. Il a même dû fermer son compte Facebook mercredi soir, pour échapper à l’effet de ressac.
(**Trigger Warning, contenu sexuel violent)
On pourrait regrouper les premières captures sous la thématique du mépris de la gauche dite « inclusive ». On sent la hargne contre les progressistes et les « inclusives ». Au sujet de Québec solidaire, il dira par exemple que c’est « un parti de filles mal-baisées ». Dans la quatrième image, JBG invite son interlocuteur à « se convertir à son idéologie » pour augmenter son « potentiel de fo*rrer » :
Dans les cinq captures suivantes, on le voit agressif et islamophobe (« houri » étant une beauté céleste du paradis d’Allah) :
Enfin, les deux dernières sont plutôt identitaires. Il affirme que « C’est au peuple québécois de juger ses immigrants : ce n’est certainement pas aux immigrants de juger notre peuple » et « Je suis islamophobe tout court et je m’en revendique fièrement ».
Conclusion
Jérôme Blanchet-Gravel se révèle un idéologue de droite qui souhaite défendre ses privilèges. Son égo étant démesuré, il semble prendre ses propres inclinations personnelles pour des enjeux d’intérêt national. Mais tout compte fait, on n’y trouve point une pensée politique cohérente, mis à part un constant mépris des mouvements sociaux, de la diversité, du féminisme, de l’islam, de l’immigration, de l’antiracisme et même de l’écologisme.
Ce n’est pas ce qu’on appellerait de la « libre-pensée », mais simplement une série de petits réflexes défensifs identitaires, visant à préserver ses privilèges propres et les privilèges de celles et ceux pouvant lui offrir les plus grandes tribunes. C’est admirable…
Samedi matin, le candidat à l’investiture dans Bertrand, Jean Bottari, décide soudain de délaisser sa campagne électorale, alors qu’elle était pourtant annoncée depuis aussi loin que le 16 avril dernier :
Pourquoi ce revirement?
Les raisons de son départ restent obscures : « J’aurais aimé qu’on me guide. Qu’on m’explique la procédure ». Du même souffle, il explique avoir demandé le soutien officiel du chef Jean-François Lisée, ce que ce dernier refusa. Il faut dire que les affaire « Muguette Paillé » et Michelle Blanc en avait ébranlé plus d’un.
Bottari savait être dans l’eau chaude
Il y a quelques semaines, après avoir publié des dossiers sur les candidates péquistes Muguette Paillé et Michelle Blanc, le candidat Jean Bottari m’avait contacté (par bravade, il se trouvait drôle) pour me dire que j’aurai sans doute beaucoup de matériel controversé sur lui, autant sur Facebook que sur Twitter.
J’ai donc relevé le défi de M. Bottari en découvrant qu’il a déjà été membre en ligne de La Meute, interagissant en toute connaissance de cause sur leur groupe secret. Il multipliera aussi les commentaires et « likes » hostiles à l’endroit de l’islam ou de l’immigration, et ce, sur une période d’au moins trois ans.
M. Bottari est surtout connu du grand public comme citoyen engagé à la défense d’un réseau public de santé de qualité
La sortie hâtive de M. Bottari aura au moins le mérite d’alléger le Parti québécois d’une autre patate chaude, étant donné les nombreux commentaires polémiques qui auraient pu rattraper leur candidat en cours de campagne. J’en propose un aperçu.
De La Meute au Parti québécois?
Un premier point à noter c’est que M. Bottari fut membre du groupe secret de La Meute – groupe d’extrême-droite anti-islam –, en 2015 et 2016. Ce dernier ne pourrait pas plaider l’ignorance : il participa activement à certaines conversations. J’en donnerai deux exemples.
La Meute est une organisation extrémiste de défense contre une soi-disant avancée de la charia au Québec
Le 30 septembre 2015, un « loup » du nom d’Augustin Réhel proposa la création d’un parti politique qui aurait pour dessein spécifique la lutte à l’islamisme. Bottari accueillit chaleureusement la proposition : « Allez hop! Comme disait l’autre… Je suis prêt !!! » :
Quatre mois plus tard, notre futur candidat péquiste était toujours dans La Meute, appuyant le statut d’un Meuton clamant être plus fier que jamais de « faire partie de La Meute » pour lutter contre l’islam pro-charia, car « il en va de notre survie à tous (…) dans 10 ans il sera trop tard »… dix ans?
Bottari se liera aussi virtuellement d’amitié avec des personnages peu recommandables, tels Josée Rivard et Véronique Bohémier, bien connues au sein de la droitosphère. Mme Rivard fait d’ailleurs toujours partie de ses « Mentions J’aime » sur Facebook (petit échantillon) :
Concluons cette section par quelques commentaires scabreux et hurluberlus de Mme Bohémier, « liké » par Bottari sur les médias sociaux.
On y « apprend » par exemple que la fille des Clinton serait mariée au neveu du seul et unique George Soros! Qu’on qualifie de « traître diabolique ». L’image a beau contenir le terme « illuminati », elle fut quand même « likée » par Bottari (4 janv. 2018):
D’autres déclarations de Mme Bohémier sont moins comiques. Par exemple ici, où elle taxe « Allah » de « pédophile qui ne vivait que pour combattre et tuer ». Notre champion du PQ était d’accord :
Puis elle annonce qu’elle pense partir dans le Sud, car là au moins ils « refusent les musulmans »:
Ses opinions sur les demandeurs d’asile ne sont guère plus tendres. Bohémier les surnomme « faux réfugiés », relayant des nouvelles les faisant passer en partie pour des pédophiles et des « criminels » :
Bottari avait donc « liké » chacun de ces Tweets. Passons maintenant à ses différentes prises de position sur Facebook.
Une « croisade prioritaire » pour Bottari
Si la question des soins de santé est le principal cheval de bataille de Bottari, il érige son hostilité au « voile » au rang de « priorité ». À l’occasion de la nouvelle révélant qu’une jeune femme musulmane souhaitait devenir policière (avril 2018), l’ex-candidat péquiste laisse tomber cette déclaration :
Il s’inquiète d’ailleurs de l’effet des voiles en CPE:
Pour Bottari, le hijab doit être combattu, car il y voit un symbole sexiste de « soumission ». Il partage même un truc laissant entendre qu’on aurait là du « terrorisme passif » :
Quant à sa vision du vivre-ensemble, il semble plaider pour l’assimilationnisme : « À Rome, fais comme les Romains » :
Pour poursuivre sur son bon rapport à l’islam, il appuie ces commentaires tambourinant qu’ « Allah c’est le diable » et que Mahomet était un « pseudo-prophète psychopathe pédophile et misogyne, amateur de bestialité », quelle classe…
Il soutient aussi un paquet d’amis.es martelant que nous sommes « enhavis » de tous bords tous côtés, la fin approche :
Ça sort et ça rentre, c’est une « évasion » !
Il faut maintenant cette superbe civilisation qui est la nôtre, car contrairement aux Témoins de Jéhovah et aux musulmans, « nous avons évolué » :
(Bottari lors de son passage à Tout le monde en parle, novembre 2016)
Son point de vue sur les politiciens.nes
Pour les islamophobes, l’une des premières critiques adressées aux politiciens.nes sera de les accuser de compromission avec les satanés « islamisssses ». Comme nous pourrons le constater, Bottari n’échappe pas à cette logique. Voyons par hasard Couillard, main dans la main avec les « Allah Akbar», pis les « votes ethniques » :
Couillard serait rien de moins qu’au « service de la communauté musulmane radicale » et il « fréquente » directement les « islamistes » :
Puis on badine sur le fait que le premier ministre aurait lui-même un petit quelque chose de « musulman » :
Pour ce qui est de la scène internationale, l’inénarrable Véronique Bohémier nous suggère que l’ONU collaborerait au « Grand Remplacement » de toute la civilisation occidentale :
Du côté de Québec solidaire, ce serait aussi un parti islamisé :
Tandis que Justin Trudeau, tout le monde sait ça, est un « fou d’Allah », il visite même des mosquées « oulalalah » :
On va donc toutes et tous finir avec « des tapis et un voile » :
Conclusion
Pourquoi le Parti québécois attire-t-il autant de gens angoissés par l’islam et l’immigration? L’épisode de la Charte des valeurs (2013-2014) y est sûrement pour quelque chose.
Nombre de sorties identitaires de Jean-François Lisée ont peut-être également contribué à cet élan. Rappelons par exemple qu’il s’était démarqué de son rival Alexandre Cloutier, durant la course à la chefferie, par des positions fermes sur les questions de « laïcité ».
(Caricatures par Alex Fatta)
Le départ précipité de Bottari, candidat à l’investiture dans Bertrand, est sans doute une bonne nouvelle pour le PQ, qui pourra souffler un peu. Comment éviter ce genre d’imbroglios à l’avenir? Probablement en changeant de discours, en misant sur un Québec ouvert et inclusif, tout simplement.
Ces jours-ci, l’extrême-droite prévoit une marche conquérante à Laval, pour « L’union du peuple québécois » :
Le génie derrière cet événement est l’islamophobe Pierre Dion, leader autoproclamé dont le seul véritable talent revient à appuyer sur le bouton « record » lors du déclenchement de ses égo-vidéos sans queue ni tête.
Révolution à Laval
Dion parvient à peine à exprimer les motifs de sa propre manif, tant il est incapable de compléter une seule phrase : « tsé, han? Euh, on est tannés de se faire avoir! »…
Et où se tiendra exactement l’événement? Ça reste flou. Dans une vidéo « live », son allié « Christopher » , qui connaît bien Laval, lui propose sérieusement le stationnement d’une résidence pour personnes âgées, où ils pourront librement apporter des chaises et écouter de la musique sans se faire déranger. Toute une marche de champions en perspective…
La mobilisation des groupuscules d’extrême-droite se fait souvent à l’initiative de quidams, comme Pierre Dion, qui démarrent (ou pas) une réaction en chaîne. Les plus petites formations en mal d’attention, telles « La Horde » ou la clique à John Hex (« Québec libre en action »), emboîtent le pas avec enthousiasme, suivies de la Storm Alliance, qui accepte pratiquement toutes les invitations.
La Meute refuse d’y aller de son côté, car leurs dirigeants veulent occuper le devant de la scène. M. Dion se montre exaspéré dans l’un de ses récents « live » : « Coudonc, êtes-vous avec nous ou avec les Antifas ? ».
On le voit ici avec Éric Rioux en encadré, leader de La Horde
Le Front patriotique du Québec, quant à lui, pourrait être séduit par l’impressionnante ferveur souverainiste de Dion, qui a notamment initié le mouvement des « briques bleues » :
Pierre Dion a demandé à ses fans de signer de magnifiques briques aux couleurs du Québec, qui serviront à ériger un « mur » anti-réfugiés à Saint-Bernard-de-Lacolle, bloquant symboliquement les demandeurs d’asile.
Manifestant souvent à Lacolle, on peut voir que Josée Rivard a signé ce superbe bout de terre argileuse
Comme l’a remarqué l’un de ses plus fidèles admirateurs – Rednek Fontaine – on a là « le Donald Trump du Québec ». Tous les groupes identitaires sont « avec lui » :
Rednek est un personnage assez connu de la fachosphère québécoise, vieux routier de La Meute, c’est lui qui s’occupera de la sécurité, en tant que « Gardien » de « La Horde » :
La Horde compte seulement de 5 à 10 membres réellement actifs. Il s’agit surtout d’une coquille vide tenue à bras raccourcis par Éric « Rotikwaho » Rioux, un ex-meuton mégalomane ayant troqué l’image du loup pour une image d’ours… Quelle originalité :
Qui est Pierre Dion?
Dion s’est tout d’abord fait connaître dans ses vidéos par sa haine des « assistés sociaux ». Il allait jusqu’à proposer de les filtrer lui-même au pif, pour discriminer ceux qui ne font pas son affaire. En voici un résumé sur On Jase :
« Il parle comme s’il payait de sa poche chaque chèque distribué au Québec (il estime entre 350 000 et 450 000 le nombre de prestataires), et il ose dire qu’il va se pointer à un bureau d’aide sociale pour juger du regard les gens qui selon lui sont aptes au travail, et bye-bye le chèque ».
Dion passa ensuite le plus clair de son temps à galvaniser la haine des musulmans.es, en s’affirmant fièrement comme authentique islamophobe (Trigger warning, images et messages dégradants et violents) :
Sans compter ses nombreux messages misogynes, comme celui-ci traitant la mairesse Valérie Plante de tous les noms :
Il dit qu’il aura la peau de Jaggi Singh, puis ses amis (leaders d’autres groupes), comparent Jaggi à un singe et font appel à Hitler:
Boulanger est le chef du Front patriotique du Québec, Blaireau est un ex-membre de La Meute
Au fil de ses implications dans l’extrême-droite, le pauvre Pierre Dion réalise qu’il commence à perdre de plus en plus ses emplois :
« J’tombe en vacances vendredi, pour longtemps, parce que, en tout cas… Tu commences à être connu. Ça dérange le monde. Bon bin, un moment donné, le boss y dit Bye! ». « J’ai perdu deux jobs cette année, ça m’est jamais arrivé, hahahaha… à cause que je suis un militant ». Pathétique…
Il faut dire qu’il a aussi un lourd passé judiciaire, lorsqu’on se réfère aux données publiques et à ses propres témoignages durant ses émissions.
Un survol des multiples chefs d’accusation auquel il a dû faire face depuis les années 90’ donnent ainsi le vertige : voies de fait, menaces, interdiction de porter une arme, possession et trafic de cocaïne, tenir une maison de débauche, sécurité routière, harcèlement, etc., etc (ces informations sont publiques).
Dans ses vidéos il évoque lui-même ces différents exploits, par exemple la fois où il a défoncé à coups de poing le parebrise d’un conducteur qui l’avait coupé… Dans son dernier égo-vidéo, il se vante également d’avoir déjà possédé des clubs de danseuses…
Bref, même le chef de La Meute – Sylvain Brouillette – refuse de marcher à ses côtés tellement il est hurluberlu :
Conclusion
Pierre Dion est en pleine ascension. Ses vidéos attirent des centaines de curieux.ses, et l’organisation d’une manifestation en fait une référence obligée par les temps qui courent. Il a une haute estime de lui-même, se voyant en René Lévesque du 21e siècle :
Par contre, il doit bien sûr son minuscule succès à ses diatribes haineuses envers les musulmans.es, les femmes, les immigrants.es et ainsi de suite.
Espérons que ce démagogue retournera dans l’ombre aussi rapidement qu’il en est sorti, et que sa marche à venir sera un échec retentissant.