Dans les dernières semaines, l’extrême-droite américaine s’était emballée au sujet d’une éventuelle « révolution Antifa » supposée survenir le samedi 4 novembre.
Férue de théories conspirationnistes, la fachosphère excelle dans l’art de monter en épingle un fait divers pour en faire un événement majeur, voire apocalyptique. Est-il possible de ramener à la raison un tel mode d’appréhension de la réalité?
L’homme derrière le dernier canular est Alex Jones, animateur du site web InfoWars.com, roi de la désinformation. On peut dire qu’InfoWars et Breitbart News sont les plus célèbres fabricateurs de «fakes news» et deux solides piliers de l’Alt-Right.
Alex Jones s’est donc mis à prédire une véritable « Guerre de sécession » d’une violence inouïe, qui devait se produire samedi le 4. Il y a certes bien de gens qui aimeraient voir l’administration Trump renversée, mais depuis quand une poignée de manifestants.es pourrait-elle venir à bout de la plus puissante armée mondiale? M. Jones a alors mis de l’avant le concept de «super-soldats antifascistes» :
Au Québec
La panique s’était aussi emparée de conspirationnistes québécois tel Guy Boulianne (alias le Prince fou), fondateur du Mouvement républicain du Québec. Il est parvenu à convaincre quelques-uns de ses supporters qu’une sorte de cataclysme se préparait :
Selon Boulianne, les antifas allaient ainsi entrer dans nos maisons, saisir nos armes : «ce sera plus grand que tout ce que nous avons vu». Il accusa le New York Times d’être derrière ce coup d’État « communiste » :
Un film d’horreur se préparait?
L’Alt-Right peut-elle être contredite?
À vrai dire, ces gens ont l’imagination fertile car il ne s’est rien passé du tout. InfoWars a couvert l’événement en direct, qui se limitait à de petites manifs pacifiques de quelques dizaines de femmes et hommes arborant des pancartes en carton.
Le pseudo-journaliste dépêché sur place par InfoWars fut le jeune Owen Shroyer, troll professionnel narcissique et impoli, qui coupait la parole des interviewés en leur disant : «tu parles trop» :
Visiblement gêné par leur prédiction erronée, les bonzes d’InfoWars se sont moqué des antifas et de Soros qui n’ont pas réussi leur révolution : « ANTIFA Uprising is a major FAIL for Soros ».
Comment Alex Jones et ses bigots peuvent-ils surmonter l’épreuve des faits à chaque fois? Simple : en générant toujours plus de fake news, venant supposément corroborer leurs fantasmagories.
Dimanche le 5, un terrible attentat au Texas fit 26 morts, dont plusieurs enfants. L’Alt-Right s’est précipité sur la nouvelle pour en détourner le sens. Il affirme que la tuerie serait l’acte d’antifas. Au Québec, Boulianne retransmit cette désinformation :
C’est donc ça le gros coup que tramait les communistes? Eh bin non, les vrais médias démontreront qu’il n’y avait aucun rapport avec l’antifascisme.
Boulianne est un récidiviste. Il avait aussi pointé du doigt les antifas pour le massacre de Las Vegas, un mois plus tôt, pour faire mousser une pétition dont il est l’instigateur:
En conclusion, il peut sembler difficile de raisonner ce genre d’individus, préférant leurs fantasmes à la réalité. Mais il demeure indispensable de réfuter les fake news qu’ils cherchent à diffuser, leur propagande peut avoir des effets concrets.
On se doit de discréditer des types comme Boulianne, qui tentent ardemment de tisser des liens avec des médias et personnalités publiques capables de plus de rigueur.
En juillet dernier, un mouvement anti-cimetière musulman à Saint-Apollinaire avait constitué un premier test électoral pour La Meute. Le groupe xénophobe avait réussi à mettre sur pied un «camp du Non», à provoquer la tenue d’un référendum et à remporter cette consultation populaire.
Le porte-parole des Meutons, Sylvain «Maikan» Brouillette, s’était excité et avait déclaré que le groupe tenterait d’influencer les élections futures, par un travail de terrain.
Les élections municipales du 5 novembre furent un échec cuisant pour les islamophobes du Québec. En voici quelques exemples.
À Montréal
Comme le maire sortant, Denis Coderre, était étiqueté comme étant «libéral» et qu’il avait promis de faire de Montréal une « ville sanctuaire » pour les sans-papiers, il était cible de mépris par La Meute.
Mais malencontreusement pour les racistes, Valérie Plante s’avérait une rivale progressiste, ne partageant pas du tout leur haine de la diversité. Ils ont donc dû rabattre leur choix sur Gilbert Thibodeau, un candidat plus ouvert à leur idéologie identitaire. André Pitre (alias Stu Pitt), l’invita à son émission afin de lui donner une visibilité :
Un autre proche de La Meute, Guy Boulianne (chef du Mouvement républicain du Québec), s’entretint également avec M. Thibodeau pour le faire connaître:
Ces coups de pouce et la campagne qui s’ensuivit sur les réseaux sociaux donnèrent très peu de résultats probants :
Au grand dam de Stu Pitt qui annonce quasiment l’apocalypse à Montréal et invite ses partisans montréalais à déménager :
À Québec
Dans la Capitale-Nationale, le mot d’ordre était de battre Régis Labeaume, jugé trop près de la communauté musulmane. Rappelons que Labeaume avait soutenu le Centre culturel islamique dans ses tentatives d’obtenir un cimetière confessionnel, et qu’il avait taxé La Meute de «milice potentiellement dangereuse».
Le responsable Meuton de la région de Québec (et ex-policier) a appelé ses membres à battre Labeaume:
Ils ont ainsi jeté leur dévolu sur son rival le plus à droite, Jean-François Gosselin. Ce dernier ne fut toutefois pas de taille :
À Saint-Apollinaire
Dans cette petite municipalité près de Québec – là où se trouve d’ailleurs l’entreprise de Sylvain Maikan – une équipe d’opposants au cimetière musulman a voulu réitérer ses succès de l’été en convoitant des postes de conseiller.
Telle était leur équipe, toujours menée par leur leader Sunny Létourneau, amie de Maikan :
Les élections furent un échec lamentable pour eux, ils échouèrent sur toute la ligne:
À Saint-Chrysostome
L’un des candidats du jour le plus ouvertement islamophobe fut sans aucun doute Michel Labonté.
Il estime sur Facebook que l’islam est une maladie, et produisit une vidéo haineuse caractérisant cette religion comme étant un fourre-tout terroriste. Il fait aussi partie de nombre de groupes extrémistes identitaires:
En fin de compte, il mordit la poussière lui aussi :
Ce fut une dure journée pour La Meute, et le Québec ne s’en portera que mieux.
Le célèbre démagogue Richard Martineau est très actif sur Facebook, publiant toutes sortes de statuts – dont une quantité vertigineuse d’images de femmes en burka/niqab – s’inscrivant dans le droit-fil de ses opinions réactionnaires habituelles.
Le 12 octobre dernier, il eut la mauvaise idée de faire un coup de pub indirect pour la grande manif mise sur pied par La Meute et la Storm Alliance, le 25 novembre prochain, en exposant l’affiche entière sur son mur Facebook :
Cette manifestation s’avérera bien sûr un immense festival pour l’extrême-droite et les néofascistes, comme l’ont été les derniers attroupements de ces groupes xénophobes. De nombreux groupuscules radicaux ont aussi confirmé leur présence.
La sortie de Martineau a mobilisé les partisans de La Meute, déjà nombreux sur sa page Facebook. Leur porte-parole, Sylvain « Maikan » Brouillette, avait profité de l’occasion pour inviter le Franc-tireur à se joindre à eux, sur un ton de franche camaraderie :
On sait, en fait, que Martineau est membre de la page secrète de La Meute, et que Maikan a souvent répété que ce dernier est un « loup qui s’ignore », puis qu’il finira par « sortir du placard » car il a « exactement le même discours que La Meute à chaque fois qu’il ouvre la bouche ».
Pour sa part, le chroniqueur opiniâtre résiste aux chants des sirènes afin de ne pas perdre le peu de crédibilité qu’il lui reste. Il invoque des raisons qui semblent d’ordre esthétique pour garder une certaine distance :
Un pyromane engagé
Alors qu’il publie lui-même des textes islamophobes, Martineau tient mordicus à nous faire croire que le racisme n’existe tout simplement pas au Québec. Il veut laisser croire que ce sont les antiracistes qui sont racistes (?) :
(article du Journal de Montréal, par Sophie Durocher)
Le chroniqueur détourne parfois les nouvelles pour en faire de faux scandales. Comme il l’a fait par exemple avec cet article de La Presse – qu’aucun autre grand média n’a repris – affirmant que plusieurs «migrants» ont omis de se présenter lors d’une étape de leur demande d’asile :
Martineau présente la chose comme si ces personnes étaient disparues dans la nature. La panique s’installe parmi son lectorat probablement trop «pressé» pour lire ledit article :
(Notez les 98 « likes » qu’elle a reçu…)
Parmi ces lecteurs pressés se trouve notamment le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui hurle de rage :
À vrai dire, l’article visait plutôt à souligner le fait que les demandes d’asile risquaient d’être refusées si les personnes concernées ne sont pas mieux informées quant au processus à suivre :
« Me Stéphane Handfield, un autre avocat spécialisé en la matière, affirme que (…) les gens sont simplement confus. « Selon l’information que j’ai eue, ce sont souvent des gens qui ne sont pas représentés par un avocat, qui sont perdus dans les dédales administratifs. Il y a trop de dates à respecter et d’exigences pour des gens qui sont laissés à eux-mêmes ».
On peut conclure en rappelant que si certains se contentent de lire les gros titres, Martineau préfère parfois se fier à ses seules « intuitions personnelles », comme il l’avait déclaré dans une chronique récente :
Selon le dirigeant Sylvain « Maikan » Brouillette, une entente officielle aurait été conclue entre son organisation raciste et la Fondation Centre Jeunesse Montréal.
Il est clair qu’il s’agit d’une opération de marketing politique afin de redorer l’image de La Meute. Dans la foulée, Maikan évoque les adolescents qui recevront leurs bienfaits comme s’avérant « la relève de notre nation » :
Toujours d’après Maikan, le Centre Jeunesse enverra une « liste de cadeaux » de Noël souhaitables, et les Meutons pourront aller les donner en personne, s’ils le désirent.
L’opération de propagande est si bien lancée qu’un bouton de don « Centre Jeunesse » a déjà été ajouté sur leur page web officielle, dans la section « Don pour la Cause » (la « cause » étant la lutte à l’islam):
Alors pourquoi pas un petit 5$ pour le Centre jeunesse et un autre petit 5$ pour promouvoir la haine?
L’image de propagande représente d’ailleurs un grand loup blanc (le militant xénophobe) venant en aide à un petit louveteau dans le besoin (futur citoyen qui pourra « construire l’avenir de notre nation »). Comme l’écrit Maikan :
« La Meute veut montrer à ces jeunes que la société dont ils font partie ne les a pas oubliés et qu’elle compte sur eux pour faire de notre pays un endroit encore meilleur (…). Ces jeunes représentent l’espoir car ils comprennent bien ce qui ne fonctionne pas dans notre société ».
Quoi, ils ont peur de l’islam et de l’immigration eux aussi? Les Meutons iront-ils les rencontrer pour leur faire comprendre les vraies affaires?
**Mise à jour : Suite à mon article, la Fondation Centre jeunesse a décidé de rompre son entente avec La Meute, sans toutefois fournir d’explication :
Pour sa part, La Meute a publié l’entente intégrale qui avait été faite. Leur signataire fut une certaine Francine Pelletier, appartenant au « Clan 06 » (région de Montréal). Le groupe Twitter « Le Troupeau » a divulgué leur « entente de partenariat » :
Suite aux dissensions au sein de La Meute, Jacques Gagné est sans doute celui qui a connu l’ascension la plus fulgurante. De simple chef de Clan, on l’a promu au rang de co-dirigeant du groupe raciste, en plus de lui confier les rênes de la Sécurité :
Le nouveau chef putschiste, Sylvain « Maikan » Brouillette, nous apprend du même souffle que Gagné a servi durant 31 ans dans les forces policières. Mais comment peut-on passer de policier chevronné à leader d’extrême-droite?
Bon d’accord, les chefs Meutons se sont donné une organisation de type militaire qui plaît aux amateurs d’autoritarisme et d’obéissance aveugle. M. Gagné succède d’ailleurs à Manon Lacerte – conjointe du gourou déchu Patrick Beaudry – qui avait elle-même une formation en technique policière.
La ville de Québec
Jacques Gagné est un résident de la région de Québec, lieu stratégique pour l’avancement de l’extrême-droite québécoise et la planification des manifestations fascistes les mieux réussies. Pensons à la manif du 20 août dernier, lors de laquelle La Meute s’était vue accorder l’asile dans un stationnement public et semblait avoir coordonné ses forces « parapolicières » avec celles, régulières, du SPVQ.
(Maikan, Gagné et autres loups avaient applaudi le SPVQ pour leur « bon travail », à Québec)
La prochaine grande manif xénophobe se tiendra également à Québec, le 25 novembre prochain.
(Ils se mobiliseront contre une « Commission » qui n’existe plus. Oups.)
C’est à Québec que M. Gagné a fait ses premières armes comme militant islamophobe, en tant que « chef de Clan » pour la Capitale-Nationale, qui compte plus de 400 membres en règles. Il s’agit du deuxième clan régional le plus populaire.
Gagné s’était aussi démarqué le 1er juillet dernier en se présentant à Lacolle pour chialer contre les immigrants, aux côtés de la Storm Alliance. Devant médias, il affirma par exemple que ces demandeurs d’asile (d’origine haïtienne à près de 90%) viennent « profiter de notre système ».
D’ex-policier à traqueur de députés
Jacques Gagné est-il réellement un ex-policier de Québec ou ce ne sont que des vantardises? Une photo qui paraît datée de la fin des années 80’ montre l’un de ses collègues alors qu’il était dans les forces de l’ordre :
Le commentaire qui accompagne l’image confirme qu’il le connaissait :
Et quel est l’étrange logo que l’on peut apercevoir sur sa voiture de service? Non, ce n’est pas le nouveau logo de Québec solidaire, mais la police de Charlesbourg, qui fusionnera plus tard avec le SPVQ en 2002 :
(M. Gagné deviendra par la suite courtier immobilier, toujours dans la région de Québec).
On ne peut pas dire que le passé constabulaire de M. Gagné l’a rendu plus pondéré que les autres Meutons, car il a multiplié les frasques au cours des derniers mois.
Le 10 septembre, il lança une blague violente et de très mauvais goût sur les réseaux sociaux, en déclarant qu’il voulait utiliser son nouveau permis de chasse pour aller tirer quelques politiciens : « PS : vous pouvez me fournir l’adresse de quelques députés ». Une enquête a été déclenchée au SPVQ (ce même SPVQ).
Gagné a en effet un humour quelque peu suspect, par exemple lorsqu’il partagea fièrement une photo de son fiston en train d’imiter Hitler…
Plus récemment, il s’en est pris à Jaggi Singh en parodiant une publicité de St-Hubert : «Jaggi Sing a choisi de verser son cachet pour un bat de baseball et une cagoule… sans oublier le mégaphone». La compagnie de rôtisseries est intervenue publiquement afin de contraindre La Meute à cesser d’utiliser leur logo et leur concept publicitaire.
Puérilement, les Meutons se sont vengés en allant se faire prendre en photo devant un St-Hubert. Autre geste héroïque qui passera à l’Histoire…
Un bras droit à son image
Enfin, soulignons que M. Jacques Gagné vient de se désigner un bras droit temporaire pour diriger la sécurité, soit le goon « Amarog Mohigan ».
Ce dernier ne semble pas avoir davantage de discernement que M. Gagné, car l’un de ses proches amis est nul autre que René Blaireau, un militant islamophobe et antisémite – longtemps membre de La Meute – qui a déjà fait l’éloge d’Hitler :
À gauche, « Mahigan » de la Sécurité, à droite, René Blaireau(N.B.: Blaireau aime tellement son éloge d’Hitler qu’il a « liké » son propre statut…)
En dernière analyse, notons que La Meute est parvenue à se réorganiser et est tout aussi raciste qu’elle l’était. La Storm Alliance a pu progresser entre-temps, les Soldiers of Odin préparent leur retour, et un nouveau groupe est né de la scission dans La Meute, « REVOLUTION Ptrk » (c’est-à-dire les fidèles de Patrick Beaudry).
L’extrême-droite québécoise est loin d’avoir été endiguée.
À 39 ans seulement, Richard Bertrand Spencer est le plus célèbre néonazi de notre époque. Il s’est notamment démarqué en étant l’auteur du terme « alt-right » signifiant « droite alternative ».
L’alt-right est l’un des mouvements populaires – fort réactionnaire – ayant propulsé Donald Trump à la présidence, au grand plaisir de Spencer, pour qui sa victoire s’avère « un premier pas vers une politique identitaire aux États-Unis », un « triomphe de la volonté » (en référence au film de propagande nazi tourné par L. Riefenstahl en 1935).
Mais attention, M. Spencer refuse l’étiquette de « suprémaciste blanc ». Son utopie résiderait davantage en un « ethno-État » où il n’y aurait que des blancs, donc aucune personne racisée ne s’y ferait exploiter…
Spencer semble plutôt miser sur son look extérieur, que son contenu (vide)
D’où vient ce raciste?
Richard Spencer est un gosse de riche qui eut le luxe de fréquenter plusieurs grandes universités américaines malgré ses nombreux déboires académiques. Son père est un prospère médecin ophtalmologiste de Dallas, alors que sa mère est l’héritière d’une puissante famille ayant fait fortune en exploitant des fermes de coton en Louisiane.
Né à Boston, Spencer a ensuite grandi à Dallas (Texas), pour ensuite suivre sa mère à Whitefish (Virginie). Il étudiera principalement la littérature anglaise, les sciences humaines, puis l’Histoire intellectuelle européenne, jusqu’au doctorat, mais abandonnera sous prétexte que son idéologie n’est pas bien reçue : elle serait un « crime de la pensée ».
C’est à l’adresse de sa maman qu’il enregistrera donc les organisations qu’il fonde à partir de 2005. La première fut la fameuse “National Policy Institute”, qui, malgré son nom pompeux, ne comptera que lui comme salarié (des miettes) durant les douze années suivantes. Ce think tank lui permet toutefois d’organiser conférences et happenings défiant les limites de la liberté d’expression.
En 2006, il crée les Éditions Washington Summit (également enregistrées au domicile maternel de Whitefish). Soit dit en passant, l’ex-femme de Spencer, Nina Kouprianova, traduisit des ouvrages du néofasciste russe Alexandre Douguine, publiés par Washington Summit Publishers.
À compter de 2013, il lancera aussi le Radix Journal (biannuel). On y imprime des tracts racistes, en plus d’y publier des ouvrages eugénistes et antisémites.
La maman de Spencer finira par se dissocier des frasques idéologiques de son fils car ses propriétés commencent à perdre de la valeur à force de subir les contrecoups de l’indignation populaire (leur immeuble de Whitefish est désormais en vente):
Notons d’ailleurs que Radix Journal a primé l’un de nos suprémacistes locaux, soit Rémi Tremblay, porte-parole de la Fédération des Québécois de Souche :
Bien que le National Policy Institute s’avère un quasi « one-man show », on y publie sporadiquement quelques ouvrages racistes dans un réel dessein de propagande intellectuelle. Le lancement du projet avait d’ailleurs été appuyé par le mécène William Regnery II, qui finança une kyrielle de groupes haineux.
Spencer aurait entre-temps forgé l’expression « Alternative Right », en 2008, peu avant d’ouvrir un blog du même nom, en 2010.
Les sorties publiques de Spencer
Dans les années 2006 à 2015, le néonazi américain parvient à se prononcer sur divers campus américains et radios universitaires. Mais ce n’est qu’avec la campagne de Donald Trump qu’il commence à vraiment gagner en popularité. Le candidat à la présidence avait par exemple embrassé le mouvement alt-right en octobre 2015, en re-tweetant une image de lui en « Pepe the Frog » qui devenait l’icône-phare de la droite alternative :
De son côté, Richard Spencer réussit son plus grand coup d’éclat en novembre 2016, lorsqu’il tint une conférence antisémite directement à Washington, devant plus de 200 personnes. Le discours de Spencer était truffé de citations nazis en allemand et se termina par des saluts hitlériens enthousiastes. Ces images ont fait le tour du monde :
Le discours se concluait par les mots : « Hail Trump, hail our people, hail victory! ».
Deux mois plus tard, à la victoire de Trump, Spencer fut la cible d’un opposant qui le frappa au visage au moment où il tentait d’expliquer à une journaliste le sens de la jolie épinglette de « Pepe the Frog » qu’il portait au veston :
Il s’est à nouveau fait humilier en avril, à l’Université d’Auburn, quand une étudiante lui vola la vedette en lui demandant : « Comment se fait-il que les blancs seraient plus racialement opprimés que les Noirs, alors que je suis une femme noire dans une institution à prédominance blanche? » « J’aimerais aussi savoir comment vous vous êtes senti en recevant un poing sur la gueule? »…
Spencer ne se laisse toutefois pas impressionner et continue ses activités suprémacistes, notamment en organisant les événements de Charlottesville, afin de défendre une statue de Robert E. Lee (commandant sudiste pro-esclavagiste).
Une première marche aux flambeaux aux franches allures de KKK eut lieu tout d’abord le samedi 13 mai 2017 :
Trois mois plus tard, Spencer coorganisa la grande manifestation « Unite de Right » à Charlottesville, dont les images choquèrent le monde entier, surtout que l’un des racistes fonça sur la foule avec son véhicule, tuant une jeune femme et blessant une vingtaine d’autres contre-manifestants…
Éternel provocateur, le gosse de riche revint il y a peu de temps à Charlottesville, au début d’octobre, où il mena une autre marche au flambeau :
Jouer la carte de la liberté d’expression alors qu’il s’agit de discours haineux
Depuis les événements de Charlottesville, les universités hésitent plus que jamais à louer des salles de conférences à cet hurluberlu prêchant la haine.
Il plaide pour le retour des femmes au foyer, met en doute le bien-fondé de leur droit de vote, souhaite l’avènement d’un État-blanc en Amérique du Nord, un peu comme l’État d’Israël, mais sans les Juifs qu’il pourfend. Il se demande même si les Juifs sont des « personnes », ce qui mettra CNN dans l’embarras :
La bannière apparaissant à l’écran fut jugée scandaleuse par plusieurs, CNN dut s’excuser
Spencer se montre ouvert à la contraception, mais pour des raisons tout à fait ignobles : il croit que cela aurait pour effet de réduire la croissance des « peuples noirs et hispaniques » qui ont un taux de natalité plus élevé que les blancs…
Au moins trois universités américaines ont ainsi refusé de le recevoir dans les derniers mois, mais celui-ci contre-attaque à l’aide d’avocats en invoquant le 1er amendement, protégeant la liberté de parole. Il y a donc par exemple l’Université de Floride qui est revenue sur sa décision en laissant Spencer s’exprimer.
Le résultat fut assez absurde quand on y pense : le gouverneur de Floride décréta l’état d’urgence, mobilisant hélicoptères, garde nationale et camions de sable, les cours près de l’amphithéâtre furent tous annulés, la conférence comme telle fut couverte de huées, tout ça pour le bénéfice d’une vingtaine de supporters racistes venus écouter Spencer.
Qui plus est, l’université devra débourser plus de 600 000$US en frais de sécurité et une balle fut tirée en direction des manifestants par trois suprémacistes qui se sont enfuis dans un pick-up après avoir fait des saluts hitlériens…
La bonne nouvelle fut finalement qu’un néo-nazi ayant été frappé au visage durant les manifestations s’est fait donner un câlin par un protestant lui demandant : « Pourquoi me détestes-tu? ». Le nazi a figé.
En conclusion, l’on pourrait être tenté de relativiser le phénomène Spencer en remarquant qu’il n’attire que quelques dizaines de partisans à ses événements (parfois jusqu’à 200). Mais l’on parle de néonazis extrêmement radicaux et décomplexés. La manifestation « Unite the Right » à Charlottesville fut un exemple éloquent de leur capacité de rassemblement.
À cela s’ajoute un président lui-même xénophobe qui ne semble pas vouloir freiner les pires dérives du mouvement alt-right. De dangereux illuminés comme Richard Spencer auront sans doute les coudées franches au cours des prochaines années.
Daniel Laprès est un influent intellectuel identitaire, fort actif et agressif sur les réseaux sociaux. Parmi ses prouesses, on peut compter sa contribution à la victoire de Jean-François Lisée dans la course à la chefferie péquiste, en répandant toutes sortes de rumeurs contre le «zinzinclusif» Alexandre Cloutier dans divers groupes Facebook.
Tel que révélé sur Vigile rs sur la tolérance, M. Laprès est pourtant un ex-fédéraliste convaincu, qui fut conseiller aux Affaires étrangères pour le compte du gouvernement canadien, de 1998 à 2004. Il fonda également le Réseau Démocratique Canadien, qui prônait les belles valeurs fédéralistes, « multiculturalistes », sur nombre de tribunes, incluant La Presse.
Laprès le harceleur
Une fois devenu brusquement militant islamophobe sur Facebook – par exemple, il gère tout seul un groupe public intitulé « Québec Anti-Charia » – il se métamorphose soudain en ardent indépendantiste, et un intimidateur radical. Parmi ses victimes, l’on pourrait citer en exemple les témoignages d’un certain Steven sur Youtube.
Notez le virage nationaliste québécois, où l’on ne présente désormais que le fleurdelisé
Pour ma part, bien que je n’aie jamais discuté avec ce M. Laprès et qu’aucun de mes textes ne l’ait jamais mentionné, il s’est acharné sur mon cas durant le mois de septembre, me traînant dans la boue de mille et une manières.
Tout d’abord, le 11 septembre dernier, il lança contre moi une rumeur tout à fait diffamatoire affirmant que je fomenterais des actes de violence envers des « femmes racisées ». Quel est ce délire?
En guise d’explication, il se montra incapable de citer une seule ligne de mes articles. Tout ce qu’il a fait, c’est m’insulter en me traitant de facho, en taxant mes amis.es facebookiens de tarés sociopathes, puis en donnant des informations sur mon emploi au passage :
Étrangement, ces accusations referont surface une semaine plus tard, dans un brûlot mensonger signé par son amie Djemila Benhabib : elle y déclarait faussement qu’une source policière l’avait mise en garde du fait que je préparais la «casse» de son prochain colloque. Devant l’énormité de sa diffamation, elle retira le billet de son blogue le lendemain. Mais Laprès, entre-temps, me calomniait encore sur ses tribunes :
Pourquoi cet acharnement haineux?
La seule chose qui m’était reprochée, en réalité, c’était d’avoir révélé, dans Ricochet, que La Meute avait fait la sécurité de l’événement Benhabib au mois de mai dernier. Liberté d’expression? De surcroît, ce sont des leaders de La Meute eux-mêmes qui s’en étaient vantés sur les réseaux sociaux…
Suite au colloque Benhabib du 28 septembre, un ami m’a rejoint pour partager son témoignage : des gardes de sécurité amateurs faisaient toujours des fouilles à l’entrée de la salle, et des policiers lui ont confié qu’ils n’étaient pas là pour surveiller les antifas, mais bien des groupes d’extrême-droite…
Après avoir publié mon entretien avec M. Émond, Daniel Laprès l’assiégea sur son mur, en le taxant de tous les noms. Il fit alors un aveu étonnant : il assure connaître personnellement chacun des goons en poste ce soir-là et même connaître leur idéologie.
Comment diable a-t-il mis la main sur la liste des gardiens de sécurité? Comment sait-il qu’ils s’opposent à La Meute?
Dans une autre conversation, un dénommé Steve Graindlair assure que c’est lui qui était responsable de la sécurité sur le terrain.
On le voit effectivement ici, à droite, non loin de Stéphane Roch (numéro 2 de La Meute), qui se tient debout à gauche.
Un autre à s’être démasqué est Pier-michel Pelo Tardif, qui clame haut et fort avoir joué au « Garda » amateur, tout en détestant La Meute :
Mais bon, si ce M. Tardif réprouve tant La Meute, c’est peut-être parce qu’il porte les couleurs d’un groupe d’extrême-droite rival, les Insoumis, comme l’indique sa photo de profil :
Le Mouvement des Insoumis
La différence entre les Insoumis et les rivaux que sont La Meute, la Storm Alliance et les Soldiers of Odin, réside en ce qu’ils sont farouchement pro-souverainistes, tandis que les autres sont pan-canadiens.
Pour le reste, les Insoumis forment tout de même un regroupement d’extrême-droite identitaire, activiste, obsédé par la supposée « islamisation » du Québec (voir le bref portrait que j’en ai tracé).
Ceci dit, les membres se rencontrent habituellement à Noël, afin de festoyer en bonne compagnie. Sur la prochaine photo, on peut voir leur rencontre de Noël 2016, où Daniel Laprès, Pier-michel Pelo Tardif et Steve Graindlair sont en train de banqueter ensemble :
On comprend ainsi un peu mieux pourquoi Daniel Laprès prétend les connaître personnellement, et pourquoi il sait pertinemment que ces gens ne sont pas dans La Meute (M. Laprès était aussi sur place lors du Noël 2014).
Sur les autres photos, M. Laprès multiplie les commentaires familiers, démontrant qu’il les connaît de près. Ici il encense le chef ultra-xénophobe des Insoumis, Sylvain Meunier, en l’appelant « Sieur Sylvain » :
La prochaine remarque est encore plus intrigante : Daniel Laprès reconnaît la valeur d’un certain Jack Gosselin en tant qu’excellent responsable de la région Mauricie.
Comment peut-il savoir que Gosselin fait un bon job comme leader des Insoumis en Mauricie? Notons aussi tous les égards qu’il prend à leur endroit, en les appelant toujours « Sieurs ».
Enfin, observons une dernière fois avec quelle camaraderie il commente la soirée:
Quelques parallèles
Nous avions dit en introduction que M. Laprès s’était démarqué durant la course à la chefferie du Parti québécois en faisant une campagne de salissage en règle contre Alexandre Cloutier.
Comme par hasard, Les Insoumis avaient mis la main à la pâte, faisant circuler l’une des affiches les plus efficaces pour effectuer ce travail de sape :
(notez la qualité d’écriture de cette propagande)
Autre coïncidence. M. Laprès fit une sortie stupéfiante le 4 août dernier en annonçant qu’après « mûres réflexions » il prenait sa « retraite » du combat anti-islam – est-ce possible de congédier son islamophobie comme ça? – pour se préoccuper d’autres choses à l’avenir, dont ses capsules historiques qui aident à mieux faire connaître nos héros nationaux.
Or, quatre jours plus tôt, le Mouvement des Insoumis fit une annonce fort similaire, stipulant qu’après une « longue réflexion », il abandonnait « la lutte à l’islam politique » pour se consacrer à la promotion de la culture québécoise.
Comment cet homme, en une seule décennie, a-t-il pu passer d’ardent défenseur du «multiculturalisme canadien» à partisan du nationalisme identitaire le plus fermé? Mystère, mystère, mystère…
Une des spécialités méconnues de La Meute – groupe haineux d’environ 3000 membres – est de faire pression sur nos institutions afin de contester la légitimité des accommodements religieux. Selon les Meutons, tout signe ostentatoire devrait être proscrit de l’espace public dans l’espoir de toujours marginaliser davantage ces religions qu’ils ne veulent pas voir…
Je vais en résumer deux exemples : (1) l’un datant de l’année dernière, lorsque le co-dirigeant Éric Proulx exigea qu’on lui rende son petit doigt amputé sous prétexte que sa religion requiert qu’il soit enterré avec, (2) l’autre a eu lieu cette semaine, quand Stéphane Roch, « chef des opérations », exigea d’être photographié avec sa casquette de La Meute, pour sa photo d’assurance maladie.
Le petit doigt d’Éric Proulx
Lors de l’été 2016, le #3 de La Meute, Éric Proulx, dut se faire amputer un doigt suite à un accident de travail. Après une brillante discussion avec Jo Caya, militante bien connue du groupe raciste, il eut l’idée saugrenue de réclamer son doigt coupé dans un petit pot :
La première réaction du chirurgien fut de s’objecter à sa demande : « Impossible, c’est une loi ». Tout insulté, M. Proulx est allé voir la direction de l’hôpital, puis les services juridiques, mais rien ne fonctionnait. Il sortit donc les gros canons :
« Étant un Québécois de souche baptisé, je vous demande officiellement une demande d’accommodement raisonnable pour fin de croyance religieuse (car) j’ai besoin de l’intégralité de mon corps dans ma sépulture à mon décès. »
Très embarrassée, l’interlocutrice promit d’envoyer une note au laboratoire de pathologie afin qu’il conserve son doigt. Deux jours plus tard, on l’informa que son doigt était en sûreté.
Mais Éric Proulx tenait mordicus à le récupérer. Il s’est donc mis à harceler la dame pendant plusieurs semaines, adoptant un ton menaçant : « Il y a 45 000 loups derrière moi qui seront très intéressés à savoir votre décision!! Ouff, pôvre tite madame, j’ai senti une grave congestion verbale l’envahir à ce moment ».
Puis quelques jours plus tard : « Je laisse un message rappelant que nous étions légion à attendre sa décision. Le lendemain je reçois un appel de la pathologie me disant de venir chercher mon doigt!!!! WOW ce fut le moment d’une grande victoire!! ».
Bravo M. Proulx d’avoir harcelé des employés.es de la Santé pour des lubies… Il ajouta ensuite ces remarques fort islamophobes en commentaires :
La casquette de Stéphane Roch
Le #2 de La Meute, Stéphane Roch, est tout aussi quérulent.
Il raconte que la semaine dernière, il s’était rendu à la RAMQ, à Montréal, pour faire renouveler sa carte d’assurance maladie. Après avoir attendu trois heures dans la salle d’attente, il se mit à avoir des malaises en voyant des gens de toutes sortes de « nationalités » autour de lui. Il a même vu des « employés » avec des signes religieux.
Refusant de s’en laisser ainsi imposer, il tira ses manches pour bien mettre ses gros tatous en valeur. Surtout que l’un d’eux représentait le logo de La Meute, tandis qu’un autre indiquait en arabe : « Infidèle, Mécréant ». In your face!
M. Roch affirme qu’à ce moment, il prit parti de revendiquer le droit de porter sa casquette en tant qu’expression de ses convictions (racistes) profondes :
« Bonjour jeune homme, j’aimerais vous avisez que la conversation est enregistrée à des fins de qualité. Je veux vous avisez que je vais prendre ma photo avec ma casquette de La Meute. Ce qui est pour moi un symbole religieux. MALAISE MALAISE MALAISE ».
Stéphane Roch, #2 de La Meute
Le jeune employé rétorqua : « Ah non monsieur, on ne peut pas faire ça ». Puis devant l’insistance de l’activiste xénophobe, il alla chercher son superviseur. Dans un premier temps, le responsable refusa également, mais le Meuton s’obstinait et martelait que leurs réponses étaient enregistrées :
« MALAISE MALAISE MALAISE ». Cela provoqua un « code rouge » et un gardien de sécurité s’approcha. Comme la file d’attente s’éternisait et que M. Roch ne lâchait pas le morceau, les employés ont finalement acquiescé à sa demande pour s’en débarrasser.
D’ici trois semaines, il recevra une jolie lettre par la poste pour l’informer que sa photo est non-conforme…
L’appui d’André Arthur
Nathalie Normandeau a reçu Stéphane Roch à bras ouverts, jeudi soir, pour qu’il puisse mieux expliquer à quel point son coup d’éclat fut inspirant afin de lutter contre les « accommodements déraisonnables ». Ce fut la deuxième entrevue complaisante accordée à La Meute par Mme Normandeau en seulement 4 jours.
Le jour suivant, ce fut au tour d’André Arthur – autre champion des radios-poubelles – d’intervenir en faveur de La Meute : « J’aimerais saluer La Meute dont un membre a réussi à se présenter à la Société de l’assurance auto du Québec (quelle auto?) avec sa calotte de La Meute, très belle calotte, je la porterais moi. On voit une griffe de loup dessus! ».
Il encourage même ses auditeurs à faire de même : « Admettez que par ce geste humoristique, t’as juste quelqu’un qui dit au système : « dans le cul! » et ça c’est notre devoir comme simple citoyen, regardez combien vous payez en impôts, vous avez le droit de dire : « dans le cul » à n’importe qui qui vient défendre le système et dire que c’est une bonne affaire ».
En bout de ligne, malgré tout le ridicule de l’affaire, il semble que La Meute soit de retour sur les rails. La publication de Stéphane Roch a reçu près de 1000 « likes » et le chef putschiste de La Meute, Sylvain « Maikan » Brouillette prit soin de la relayer sur leur page publique.
L’affaire RAMQ a donc servi à ressouder les troupes. Maikan annonce du même coup la réouverture de la Boutique de La Meute qui vendra de belles casquettes et autres produits dérivés kitsch…
L’Alberta annonça récemment qu’elle allait étendre ses programmes linguistiques à de nouvelles langues, telles l’arabe. De la maternelle jusqu’à la fin du secondaire, on pouvait déjà y d’apprendre le chinois (mandarin), l’allemand, l’ukrainien, le cri, la langue des Pieds-Noirs, l’italien, le japonais, le pendjabi, le latin, l’espagnol…
Mais lorsque les grands médias rapportèrent la nouvelle qu’on allait y ajouter l’arabe, cela déclencha un véritable coup de tonnerre dans la droitosphère.
Analyse d’une histoire montée en épingle (merci à Vigile RS sur la tolérance pour avoir soulevé la problématique en premier).
Le titre choisi par les médias traditionnels
À ma connaissance, le premier grand média à en parler fut Global News, dont le siège social se trouve à Toronto. L’annonce fut traitée de manière bienveillante par la journaliste Kim Smith, dont le reportage soulignait clairement que ces programmes de langue bonifiés allaient mieux desservir la communauté arabophone, auparavant laissée pour compte malgré le vaste choix de langues offert aux autres.
CTV, Radio-Canada et TVA Nouvelles ont emboîté le pas en reprenant le même titre à quelques virgules près : « Alberta schools to offer Arabic-language bilingual program in 2018 » / « Des cours d’arabe dans les écoles albertaines dès l’automne prochain ».
Comme les gens ne lisent souvent que les gros titres, il n’en fallut pas plus pour alerter les islamophobes, qui se croient envahis de toutes parts.
La réaction des lecteurs de TVA/Journal de Montréal
À la différence de Global News, nos médias francophones ont relayé le titre en le contextualisant de moins en moins. De sorte qu’il fallait lire tout l’article du Journal de Montréal jusqu’à la dernière ligne pour enfin réaliser que d’autres langues étaient offertes en plus de l’arabe, sans plus d’explications.
Comment le lectorat de Québecor a-t-il interprété la nouvelle ? Dans le Journal de Montréal, la section commentaire n’était pas disponible, mais le fil Twitter de TVA nous donne un bon aperçu de quelle fut la réception générale : je compte environ 46 commentaires exprimant l’indignation, et seulement 6 qui tentent de tempérer les autres ou de faire valoir la richesse de connaître plusieurs langues.
Quelques exemples de protestation :
La pérégrination de la nouvelle sur la droitosphère
Quand l’article de Global News est paru le 8 octobre, il n’a fallu que quelques minutes pour que la page xénophobe « Canadian Patriots » le partage. Cette page anglophone est suivie par plus de 82 800 personnes… Une heure plus tard, ce fut la page « Québécois pour Donald Trump » qui poussa les hauts cris :
Le lendemain, c’était au tour du parti Citoyens au pouvoir de juger qu’il est louche qu’on ait choisi l’arabe au lieu de « l’Espagnol ? l’Allemand ? etc. ». Puis Guy Boulianne (alias le Prince fou) créa un autre boom à partir de la page du Mouvement républicain du Québec. Des gens appelèrent à la révolte :
Glissant dans la fachosphère, les articles furent partagés par « Pegida Québec », « Québécois debout contre l’islam radical », ainsi que « Non à la Québécophobie et au racisme envers les Québécois » (NAQAREQ), etc.
Conclusion
Nos grands médias devraient être plus sensibles au fait qu’il y a une réelle islamophobie galopante au pays. Lorsqu’on titre qu’un programme bilingue d’arabe sera offert en Alberta, sans spécifier que dix autres langues étaient également offertes, alors on génère inutilement de la polémique.
A-t-on parlé de germanisation ou de pendjabisation du pays lorsque les premiers programmes bilingues sont apparus ?
Cette étude de l’arabe (optionnelle) ne passerait même pas avant le français, car ce dernier bénéficie d’un statut privilégié et de cours d’immersion pouvant dépasser les 50% du temps passé en classe.
De plus, ce n’est pas parce qu’un.e élève apprend l’arabe qu’elle « s’islamise » et les musulmans eux-mêmes ne sont pas des « islamistes ».
Il est d’emblée périlleux d’inviter le ratoureux porte-parole de La Meute – Sylvain «Maikan» Brouillette – à une émission de grande écoute comme 100% Normandeau, sachant que l’animatrice est plutôt anti-progressiste et plus ou moins experte sur le sujet.
Même si Mme Normandeau avait préparé de bonnes questions embarrassantes pour Maikan (des amis lui avaient envoyé des informations troublantes sur La Meute) elle s’est quand même laissé berner, de manière à ce que l’organisation d’extrême-droite s’en tire à bon compte.
(Maikan lors d’une entrevue avec Stu Pitt)
Sur le nombre
Normandeau commence l’entrevue en proposant que la formation possède 63 000 membres, Maikan acquiesce. Pour le coincer, elle demande s’il y a toujours des personnalités qui sont membres sans leur consentement, telle Colette Provencher, spécialiste de la météo à TVA. Il lui dit simplement que c’est réglé, et elle accepte tout bonnement la réponse.
Elle poursuit en reprenant les chiffres trompeurs comme si c’était une réalité : «63 000 personnes, c’est beaucoup de monde, comment vous vous décrivez comme groupe?».
En fait, La Meute compte à peine de 3000 à 4000 vrais membres faisant partie des «clans» régionaux. Parmi ces membres, certains leaders comptent pour 17 membres, puisqu’ils font partie de tous les clans. Il faudrait aussi soustraire les clans qui sont présentement en sédition, car ils appuient l’ancien gourou Patrick Beaudry, qui a subi un putsch le mois dernier.
Mme Normandeau ne posera aucune question sur le sujet.
Le mot en « i »
Le propre d’une mauvaise entrevue sur les Meutons est de ne jamais les talonner à propos de leur islamophobie, qui est leur seule raison d’être.
La Meute se vante de faire fuir l’islam sur leur page web officielle
L’animatrice a ainsi laissé Maikan nous raconter que La Meute est un groupe de pression politique voulant changer les choses au Québec. «C’est sûr qu’on va approcher les candidats pour voir ce qu’ils ont à nous offrir, localement».
Pour changer quoi, ça n’intéresse pas Normandeau? Elle s’est contentée de le questionner quant à la «neutralité religieuse de l’État».
Sur les accommodements religieux
Maikan soutient que les partis politiques négligent la population depuis trop longtemps, en laissant des minorités prendre trop de place aux dépens de la majorité. Mme Normandeau ne le réfute pas.
Il faut dire que de son côté, elle a étonné cette semaine en invitant les Québécois à voter pour la CAQ, alors qu’elle était vice-première ministre sous les Libéraux, il y a peu de temps. Elle s’opposerait justement à ce positionnement des libéraux quant aux minorités :
«Il y a une affaire qui ne me rentre pas dans la tête, c’est cette fameuse commission [sic] sur le racisme systémique : Philippe Couillard qui tente de nous faire croire, nous Québécois, qu’on est racistes, qu’on est xénophobes. Les immigrants choisissent le Québec comme terre d’accueil, « fine », parfait, mais les immigrants doivent s’intégrer au Québec, doivent se conformer à nos valeurs d’égalité homme-femme», a-t-elle ajouté (TVA Nouvelles).
Sur les motards dans La Meute
La question la plus lourde que posa Normandeau fut à propos de Patrick Guilbault, un ex-membre des Dark Souls – affiliés aux Hells Angels – qui s’est ensuite trouvé une niche dans La Meute.
Maikan rétorqua qu’il ne s’agit que d’un «simple membre» sans pouvoir décisionnel, puis qu’il est libre même s’il attend un procès. Donc pas question de l’expulser tant qu’il ne sera pas condamné formellement. « Nous on représente la population, il y a des criminels, ex-criminels, dans La Meute, comme dans toute organisation ». « On a 63 000 membres! ».
Un chef de La Meute, ex-policier
L’animatrice taraude ensuite le porte-parole lupin sur le cas de Jacques Gagné, membre de l’exécutif de La Meute (Le Conseil) qui avait fait une blague à l’effet qu’il aimerait avoir « l’adresse de députés » pour mettre à profit son nouveau « permis de chasse ».
Maikan esquive habilement la question en parlant du cas Luc Lavoie, puis en ajoutant que Jacques Gagné est un gars très propre, un « ex-policier ».
Conclusion
En somme, l’entrevue s’est avérée complaisante, un autre coup de pub pour La Meute, malgré les questions pseudo-épineuses. Les administrateurs de la page secrète ne se sont pas gênés pour partager l’entrevue, qui fut fort appréciée par les militants.es.
Voici leurs réactions enthousiastes :